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mercredi 3 septembre 2014

Désinvestir le fossile : une question de santé publique ?



C'est une véritable bombe que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'ONU (par la voix de Christiana Figueres, qui pilote la convention de l'ONU sur le Climat) ont posté, le 29 août. Une bombe pour les entreprises pétrolières et de gaz/charbon. « Les experts médicaux appellent le secteur médical à retirer ses investissements des entreprises d'énergie fossile et à investir à la place sur les énergies renouvelables. C'est une étape pour mieux protéger contre les effet du changement climatique sur la santé » (communiqué de l'ONU ici) Cette déclaration fait suite au premier sommet Climat / santé organisé par l'OMS, du 27 au 29 août 2014 à Genève, et qui avait rassemblé 300 spécialistes.

Désinvestir des entreprises d'énergie fossiles : une question de santé publique ?

Jusqu'à présent, le lien entre santé et changement climatique a été peu débattu sur la place publique et il a été relativement peu « brandi » chez les investisseurs responsables (ISR), qui se sont attachés plutôt au lien entre le changement climatique et les risques opérationnels pour les entreprises (ex : une inondation qui paralyse une usine), ou encore au risque de « réputation » (= d'image). La prise de position de l'OMS et de la directrice de l'UNFCCC Christiana Figueres pourrait changer fortement cet état de fait.

Tout a commencé par une clarification de l'OMS sur l'impact désastreux du changement climatique sur la santé : 250.000 décès supplémentaires par an entre 2030 et 2050. « Les preuves sont accablantes: le changement climatique met en danger la santé humaine », résumait la directrice de l'OMS Margaret Chan, le 27 août. Pour plus de détails sur ces liens, l'OMS a mis en place un aide mémoire climat sur son site.

La directrice de l'OMS a poursuivi sur un discours connu : « Des solutions existent et nous devons agir avec détermination pour modifier cette trajectoire. ». 

Mais parmi les solutions, on ne s'attendait pas à ce que le désinvestissement soit mis en haut de la pile. C'est chose faite, puisqu'il vient d'être publiquement recommandé par Christiana Figueres. Celle-ci n'est pas n'importe qui puisqu'elle est la « patronne » des équipes de l'ONU chargées d'organiser les conférences climat COP 20 et COP 21 (précisément, de la convention cadre de l'ONU sur le climat). Elle participait à la conférence de l'OMS.

"Le désinvestissement est un moyen prometteur de lutter contre le changement climatique et d'augmenter la santé humaine" (Christiana Figueres citée dans le communiqué de presse de l'ONU).

A noter que l'OMS n'a pas pris officiellement position sur un tel boycott (exclusion, diraient les investisseurs responsables).

L'intérêt principal de désinvestir dans le pétrole, le charbon et le gaz ? Il est double, aux yeux de ses partisans. D'abord rééquilibrer les investissements entre les énergies fossiles et renouvelables : aujourd'hui pour un euro dans les enr, il y en a 4 dans les énergies fossiles (selon le WWF). Le deuxième intérêt est scientifique : cela permettrait de conserver sous terre, plutôt que de les brûler dans l'atmosphère, toute ou partie des réserves d'hydrocarbures « nouvelles » : il s'agit de ces gisements non conventionnels, comme le gaz dans l'océan arctique ou au large du Brésil. Non rentables il y a 10 ans, ils sont sur le point d'être exploitées, du fait de l'appétit mondial pour les hydrocarbures. Ces réserves sont depuis peu appelées "unburnable", non brûlables.

Cette prise de position est une très mauvaise nouvelle pour les géants du pétrole, dont le Français Total. Nul doute qu'ils vont affuter une stratégie de communication en riposte. En attendant, les activistes de 350.org, qui sous la houlette de Bill McKibben, appellent les universités américaines et mondiales à désinvestir leurs fonds des « big oil », peuvent se frotter les mains. Le débat est officiellement devenu un sujet de santé publique.

Signe que le sujet  n'est pas en prendre à la légère, l'agence Bloomberg New Energy Finance vient de publier une note sur le désinvestissement dans les énergies fossiles (white paper du 25 août 2014).

Mots clé : investissement socialement responsable, COP21, climat, OMS, Figueres.

lundi 2 juin 2014

Les associations anglaises sont contre le "Workfare"

 Depuis avril 2014, les chômeurs anglais de longue durée sont obligés de travailler gratuitement pour une association. Sinon ils perdent leurs indemnités chômage (Assedic). En plus d'être inefficace, ce programme fragiliserait le bénévolat, estiment les associations anglaises. De l'Armée du Salut à Oxfam, 350 d'entre elles ont décidé de boycotter l'initiative du gouvernement Cameron.

Job Centre Plus : les Pôle emploi à l'anglaise (photo : BBC)


Gardons le volontariat volontaire ! « Keep Volunteering voluntary !». C'est par ce mot d'ordre que le secteur associatif anglais entend lutter contre le dernier avatar du « workfare » anglo-saxon. Le workfare ? Le mot désigne les politiques publiques où « les personnes sans emploi ou les personnes handicapées sont obligées de travailler pour continuer de toucher leurs allocations ». Depuis le 28 avril 2014, les chômeurs anglais de longue durée sont directement concernés par une telle politique : c'est le programme de travail communautaire, « Community Work Placement » ou CWP pour les intimes. Ce programme prévoit de les faire travailler gratuitement dans une association. Seul hic pour le gouvernement, une partie du monde associatif a décidé de le boycotter.

Aide au travail : 3 options
En fait, le nouveau CWP est l'une des trois options laissées à toute personne inscrite dans un « jobcenter » (pôle emploi ou équivalent confié au privé) depuis 2 ans : il/elle a désormais le choix entre se présenter tous les jours à son agence, débuter une formation, ou sinon : travailler « volontairement » 6 mois, 30 heures par semaine, pour une association. S'il ne respecte pas une de ces trois options, la personne verra ses allocations chômage suspendues : 4 semaines la première fois, puis 13 semaines.

Le CWP s'inscrit dans un programme plus large, intitulé Aide au travail (« Help to work »). Sur 200.000 chômeurs de longue durée, l'objectif du gouvernement est d'en placer 60.000 auprès d'associations partenaires.

La mesure a été promue par le sémillant ministre des finances George Osborne, mais elle a tout de suite été critiquée par le conseil national des associations de volontariats, la National Council for Voluntary Organisations (NCVO). Le NCVO qui regroupe 10.000 associations anglaises.

L'appel au boycott du conseil des associations NCVO
Dès le 28 avril, la NCVO lançait un appel au boycott. Avec succès puisque cet appel regroupe toujours plus d'associations : 350, dont des très grosses, avaient signé l'appel « Keep volunteering voluntary », au 2 juin 2014. Parmi celles-ci figurent Oxfam, l'Armée du salut, ou encore Christian Aid.

Pour la ministre du travail, Esther McVey, il n'est absolument pas question de punir des chômeurs.
Sans aller jusqu'à cette interprétation, le monde associatif formule plusieurs objections majeures contre le « Community Work Placement ».

Premièrement, une expérience pilote de ce schéma aurait montré des effets positifs « extrèmement modestes ». D'après Jonathan Portes, du National Institute of Economic and Social Research, interviewé par la BBC, le schéma ne permettrait absolument pas aux demandeurs d'emplois d'obtenir un travail par la suite.

Volontariat forcé : un oxymore selon Oxfam
Surtout, ce schéma nuirait au maintien du bénévolat. « Ces schémas impliquent le volontariat forcé, ce qui non seulement est un oxymore, mais cela porte atteinte à l'opinion des personnes sur la vertu énorme du travail bénévole », estime Oxfam.

La collaboration des associations au programme implique aussi un gros risque de réputation pour celles-ci, dans la mesure où elles deviendraient complices de la suspension des allocations chômage : si l'association partenaire du job center déclare l'absence du chômeur au poste de travail prévu, il perdra ses « allocs ». Ce serait, estime le NCVO, contraire aux valeurs de la "charity".

Troisième objection, et non des moindres : le programme, en augmentant la fréquence des sanctions et en coupant le versement des indemnités, fera grossir les rangs des utilisateurs de la soupe populaire. Et ce alors que la faim en Angleterre est déjà une «crise nationale », selon une récente prise de position du  clergé anglais.

Malgré cette résistance des 350 associations, le gouvernement tient bon. D'après un de ses porte-parole, plusieurs associations ont tout de même choisi de coopérer avec le système. Le « placement » des chômeurs longue durée pourra donc commencer bientôt.

Et c'est ainsi qu'Allah est grand.


jeudi 9 janvier 2014

Espionnage : le géant RSA en pleine tourmente


C'est une autre conséquence des révélations Snowden : RSA Security, leader mondial du cryptage informatique, voit sa conférence annuelle (24.000 visiteurs en 2013) risquer le boycott et sa réputation sévèrement compromise. Après des révélations en décembre sur un contrat de complaisance de 10 millions de dollars avec l'agence NSA, une dizaine des spécialistes mondiaux les plus en vue du cryptage informatique ont annoncé qu'ils boycotteraient la conférence annuelle du géant, prévue en février prochain (24 au 28) à San Francisco.

Une partie d'entre eux étaient pourtant prévus au programme des tables rondes de la RSA conference. Et le nombre des opposants pourrait continuer d'augmenter. Mais c'est en fait à la fois le fond de l'accord, et les dénégations maladroites de RSA qui suscitent la critique, alors que les débats continuent, aux USA, sur l'opportunité de mieux encadrer la NSA et sa coopération avec les entreprises privées.

RSA aurait accepté de maintenir un défaut (une « backdoor ») sur un de ses produits de cryptage à clef publique (Dual_EC_DRBG) pour que la RSA puisse déchiffrer à sa guise les messages cryptés avec l'offre commerciale RSA. En septembre, des révélations Snowden dans le New York Times avaient appris au public que la NSA avait travaillé pour insérer des failles dans plusieurs systèmes de cryptage commerciaux. En décembre, on a appris qu'un contrat de 10 millions de dollars aurait été signé en 2004 entre les dirigeants de RSA et la NSA, à l'insu des ingénieurs de l'entreprise, pour maintenir le défaut dans l'offre commerciale.

Le boycott a commencé quand Mikko Hyppönen une figure du cryptage finlandais a annoncé son retrait de la conférence. Hypponen, qui a longtemps coopéré avec les agences d'Etat contre le cybercrime, est l'auteur de cette formule choc à la suite des révélations Snowden : "George Orwell était un optimiste" !

Puis la tension est montée d'un cran : une autre personnalité de la sécurité informatiqu, l'Américain Jeffrey Carr, appelle non seulement à boycotter la conférence mais aussi les produits RSA. Motif ? Il accuse RSA d'avoir violé la confiance de ses clients.

« Il faut un boycott large des produits RSA. Il se suffit pas de dire tout le mal qu'on pense de l'entreprise. La maison mère de RSA, EMC, comme toute autre entreprise, a un Conseil de Direction qui doit répondre aux actionnaires de la maximisation des revenus. Si les clients de RSA commencent à annuler leurs contrats et à refuser les produits de RSA, les revenus de l'entreprise vont baisser, or seul ce type de message fera changer la Direction de cap », déclare Jeffrey Carr sur son blog Digital Dao.

Le 22 décembre, RSA, avait démenti les affirmations du New York Times, mais sans convaincre les spécialistes : car la faille, rappellent Jeffrey Carr,, avait en fait été évoquée dès 2006 ! 

Pendant ce temps, les progrès de régulation européens, qui visent à mieux encadrer les autorités de surveillance, sont dans l'impasse. Et deux camps s'opposent, entre les partisans du respect des droits ancestraux à la vie privée / confidentialité et ceux qui jugent cette "privacy", obsolète.



A propos des conséquences de l'affaire Snowden pour les entreprises, voir mon article pour Novethic
Les télécom aux prises avec l'affaire Snowden .