mercredi 28 octobre 2015

Affichage environnemental : parent pauvre de l'économie circulaire

Sur l'axe « consommation responsable » de l'économie circulaire, l'information aux consommateurs figure en bonne place, selon l'Ademe. La France était bien partie avec une expérimentation volontaire d'affichage environnemental, menée en 2011/2012. Trois ans plus tard, les étiquettes ont été rangées dans les cartons et c'est à Bruxelles que se peaufine un cadre commun pour les entreprises. Bien que ce chantier soit déjà largement engagé, l'étiquetage environnemental est quasiment absent des débats sur l'économie circulaire.

Elles étaient 168, entreprises « pionnières » à avoir dit oui en 2011/2012 à la proposition, issue du Grenelle de l'environnement, consistant à tester des étiquettes d'information environnementalle.

Aidées par diverses sociétés de conseil, ces entreprises ont utilisé des Analyses de cycle de vie multicritères (eau, énergie, et pas seulement CO2), pour définir les informations à présenter aux consommateurs, en ligne (sur le web) ou sur les étiquettes. Informations certainement très utiles pour orienter les choix du consommateur suivant des critères de performance (« impact ») environnementale.

Par la suite, un bilan de l'expérimentation a été publié par le parlement, en septembre 2013. Il estime que « L’affichage environnemental est une démarche prometteuse ». Par la suite, les étiquettes comme celle-ci ont disparu :


étiquetage Weleda pour un produit cosmétique



Etiquetage Decathlon pour un sac à dos



En 2015, l'Ademe affirme avec force que l'information des consommateurs sur les impacts environnementaux des produits est un des piliers de l'axe « consommer durable », au sein du modèle « économie circulaire ».

Des outils sont désormais disponibles pour guider les entreprises : l'Afnor, après de laborieux groupes de travail en partie issus de l'expérimentation, a par exemple établi des recommandations sectorielles pour aider les entreprises souhaitant introduire des étiquettes d'impact environnemental.



Pourtant, les entreprises ne se bousculent pas pour informer les consommateurs. Et le volet « affichage environnemental » n'a pas la cote, dans le storytelling de l'économie circulaire. L'avez-vous entendu lors d'une des récentes conférences sur le sujet ? Si peu.

Depuis 2013, un travail au niveau européen pour harmoniser ce types d'informations est en cours. Le chantier bruxellois, parfois appelé « product environmental footprint », devrait se terminer en 2016. 

Ce projet sur 3 ans (il se conclue en 2016) est-il l'excuse en or pour ne pas s'engager sur le terrain glissant de l'affichage environnemental ? Ou bien permettra-t-il de relancer un chantier indispensable à la crédibilité de la "responsabilité sociale des entreprises" (RSE) ? 

L'affichage environnemental se fera, sans aucun doute, sur une base volontaire et non sur une obligation légale.

Le sujet sera présent dans le cours « Economie circulaire » que je prépare pour les étudiants du Master 2 Responsabilité sociétaleet environnementale des entreprises de l'Université Versailles-Saint-Quentin en Yvelines.


A noter que les 3 et 4 novembre 2015, un point d'étape sur le projet européen aura lieu à Bruxelles, sous la houlette de Karmenu Vella, commissaire européen en charge de l'environnement. Titre de ces deux journées ? "mid-term Environmental Footprint conference".





mercredi 17 juin 2015

L'économie circulaire entre dans le Larousse



L'économie circulaire est donc entrée dans le Larousse 2016 : ""un système économique fondé sur la frugalité, la limitation de la consommation, le recyclage des matériaux ou des services".

Aujourd'hui viennent de se terminer les 2èmes assises nationales sur l'économie circulaire.

Depuis que le terme "économie circulaire" a commencé de se populariser, en 2010, il est sans arrêt répété que ce nouveau paradigme ne doit pas se limiter au recyclage.

L'Ademe, par exemple, insiste sur l'éco-conception.

L'éco-conception, qui consiste à imaginer et anticiper la fin de vie des produits dès la phase de conception d'un produit.... on en est encore très loin. Le meilleur exemple est l'aviation : 50% des avions modernes sont désormais en matière composite. Or les composites carbone ont été créé, et continuent de l'être, sans l'optimisation de la fin de vie. Ils finissent à la décharge à 100%, en 2015.

La définition du Larousse sort elle aussi du cercle ô combien nécessaire, mais limité, du recyclage. Le Larousse met en bonne place les termes de "frugalité et limitation de la consommation".

Limitation de la consommation .... tiens donc.

Frugalité ? hmm. Jugaad
 
Si l'on se focalise sur ces deux termes, il est évident que la société globalisée est à des années lumières de l'économie circulaire.

De deux choses l'une : soit dans quelques années, l'économie circulaire finira au rayon des concepts sexy devenus ringards. Ce sera le cas si elle est (trop) récupérée et brandie à tout va, par des entreprises qui n'ont de frugal que le salaire versé aux manutentionnaires...

Soit l'économie circulaire restera dans la durée comme un inaccessible horizon crédible : une des rares utopies nouvelles véhiculant un peu d'espoir économique et environnemental.

Dans les deux cas il sera utile de préciser si la frugalité est une forme de décroissance intelligente. Si c'est un concept judéo-chrétien, touareg, ou une éthique laïque post-moderne. Ou un peu de tout cela mélangé ?

La définition du Larousse est révolutionnaire.


 Source du schéma : Ademe

vendredi 15 mai 2015

Le travail, parent pauvre de la COP21

Mettre en avant des "solutions" et pas uniquement rechercher un accord international sur le climat : c'est la volonté du gouvernement français et de beaucoup d'acteurs privés et publics, dans le contexte de la conférence climat Paris COP21. Un des principaux outils est le "Hub des solutions", qui servira de socle à une exposition au Grand Palais. Parmi les quelques 200 solutions inscrites, celles qui mettent comme thème prioritaire "le travail" sont ultra-marginales. Cherchez l'erreur ?



Le hub des solutions climat
Formidable. Sur le site web plateformesolutionsclimat.org des solutions épatantes sont présentées par des entreprises et des associations : réparties sur 12 catégories (énergie, se loger, s'alimenter, travailler...), elles permettent de diminuer les émissions de CO2, et/ou de mieux recycler, d'affronter le changement climatique ... Epatant, franchement, vous devriez aller y faire un tour. Cela permettra de contrecarrer ces quelques pigeons de mauvaise basse cour qui s'enfoncent dans la sinistrôse.

Une chose interpelle :  l'écrasante majorité des proposeurs de solutions (il suffit de s'inscrire et de payer une modique somme pour enregistrer une solution, c'est même gratuit pour les ONG) ont ciblé les catégories Energie (105 solutions), le recyclage (38), le logement (37) ...

Se divertir ? 7 solutions.

Travailler ? 6 solutions, c'est la catégorie la plus vide.

Oui, bien sûr, installer des éoliennes, des panneaux solaires, des centrales thermiques des mers, isoler les logements, cela créé des emplois. La croissance verte crée des emplois et le travail est transversal.

Transversal, mais rare.

Est-ce que la place du travail dans les solution climat pose problème ?

Est-ce que les solutions au problème climatique ne devraient pas embarquer une réflexion de fond sur le travail ?

Il existe un point d'entrée parmi d'autres pour réfléchir : c'est le fait qu''une partie des "jobs" de la croissance verte sont des emplois à faible qualification qui sont portés par des structures...  formidables et subversives, les entreprises d'insertion de l'économie sociale et solidaire. C'est le cas par exemple dans le recyclage, voir pour l'isolation des bâtiments.

L'autre partie des emplois est géniale, mais chiche : ingénieurs, bureaux d'études, quelques postes en maintenance.

Les Entreprises d'insertion embarquent des contrats qui ne sont ni CDI ni CDD, mais CDDI ainsi que des chargés d'insertion. Qui est au courant ?

Une lecture simpliste, ou intuitive, de la réalité de ces chiffres (6 solutions sur le travail, 105 pour l'énergie) serait la suivante : la croissance verte ne crée pas assez d'emplois. D'où l'urgence d'inclure dans la réflexion un nouveau partage du travail... ou à défaut, un revenu d'existence.

Et si on ne fait rien ? Bienvenue à Gettaca. Verte, Gettaca.





vendredi 17 avril 2015

Holacratie, futur de la RSE ?

Après agilité, résilience, économie circulaire et bien sûr écosystème, l'holacratie voudrait être un des futurs "buzzwords" de l'organisation (innovante) des entreprises. La Responsabilité sociale des entreprises (RSE) pourrait y trouver son compte. Sauf que le concept, qu'on pourrait (abusivement?) résumer par une organisation décentralisée et participative, semble .... légèrement verrouillé par iGi Partners.


Coopérative libérée : Scarabée Biocoop passe en Holacratie

C'est le beau titre du communiqué que nous a envoyé l'agence de communication Emmapom d'Emmanuelle Pometan.

"Scarabée Biocoop est l’une des plus grandes coopératives du réseau Biocoop, située à Rennes. Et ca y est, depuis cette année, la coopérative fait partie des entreprises libérées avec son passage à l’Holacratie : 1 constitution, 1 raison d’être, 13 cercles, et la liberté retrouvée.

iGi Partners a été missionné par Scarabée Biocoop Rennes pour mettre en place l’Holacratie sur l’ensemble de leur organisation, soit 130 personnes pour quatre magasins (bientôt cinq), 3 restaurants, 1 service traiteur, 1 laboratoire. Un accompagnement sur mesure pour rendre opérationnelle cette gouvernance en cercle qui redistribue l’autorité et rend l’organisation agile et performante".

Conférence PowerShift by Holacratie - Serious Game ? 8 juin 2015


Cette mise en place (à Biocoop) est l'occasion d'une conférence par iGi Partners qui dévoilera l'Holacratie. Selon son site web cette entreprise "importe l’Holacracy des États-Unis pour une diffusion en France et en Europe (français et anglais). Elle est une des 3 sociétés au monde à pouvoir délivrer des services en Holacracy".


Voici la présentation de la conférence :

"Le XXIe siècle amène la remise en cause de l’organisation pyramidale et des managers. Exit le Taylorisme, place à l’innovation pour que les organisations retrouvent agilité et performance.
Dans un tel contexte, l’Holacratie suscite curiosité et questionnement : une organisation peut-elle réellement fonctionner sans chef ? L’Holacratie supprime-t-elle toute forme de hiérarchie ? L’ossature en cercle est-elle compatible avec les grandes structures ? Les salariés trouvent-ils leur compte en ayant plusieurs rôles versus une fiche de poste ? Est-ce une invention américaine qui convient à la culture française ? Et d’ailleurs Holacratie, comment cela s’écrit-il, quelle racine ? En résumé, est-ce un « Serious Game » ?
Il est temps d’ouvrir le débat, d’écouter ceux qui font, testent, et appliquent déjà au cœur de leur structure cette gouvernance. iGi Partners vous invite à venir échanger sur l’Holacratie, cette technologie sociale qui n’a pas fini de faire parler d’elle."

Parmi les entreprises qui ont déjà goûté à l'holacratie et qui interviendront le 8 juin :

Danone

Kingfisher

Biocoop

Zappos.

"Technologie sociale", vous ne trouvez-pas que cela en jette ?  Hola !


 

lundi 30 mars 2015

Une agence fédérale américaine propose de réglementer les nanoparticules


Le 25 mars, l'Agence américaine de l'environnement EPA (Environmental Protection Agency) a publié une proposition de réglementation sur les nanoparticules, qui s'inspire de la réglementation française. Et qui surprend. Au pays roi de la réglementation « ultra light », ce serait une première.

Photo : visualisation de nanomatériaux au microscope


L'EPA propose le reporting et l'obligation d'enregistrement pour certaines substances chimiques quand elle sont fabriquées à l'échelle nanométrique.

Voici un extrait du résumé publié par l'EPA :

Ajout du 10 avril : la page de l'EPA (le lien que j'ai mis initialement) a été modifiée, depuis que le préprojet ("prepublication") de réglementation a été transformé. Voir l'actualisation de l'EPA, commentée par la société de conseil juridique Bergeson & Campbell. 


"Spécifiquement, l'EPA propose d'obliger les personnes qui fabriquent (y compris qui importent) ou utilisent, ou qui envisagent de produire ou d'utiliser ces substances chimiques, de notifier à l'EPA certaines informations, incluant l'identité chimique spécifique, le volume de production, les méthodes de fabrication, des informations sur les expositions et délivrances, et tout autres données existantes qui concernent les impacts environnementaux et sanitaires.
(…)
Cette information faciliterait l'évaluation par l'EPA de ces matériaux ainsi que l'identification des actions supplémentaires qui seraient nécessaires ».

Cette proposition de loi s'appuie sur la  Toxic Substances Control Act (TSCA) qui autorise l'EPA à demander une telle transparence.

Les nanoparticules visées sont celles qui « sont fabriquées ou synthétisées dans une forme telle que les particules primaires, agrégats ou agglomérés ont une taille entre 1 et 100 nanomètres et présentent des caractéristiques uniques et nouvelles à cause de leur taille ».

L'EPA a soumis cette proposition typiquement française aux commentaires du public américain, pendant une période de 90 jours.




Crédit photo : Université d'Exeter / flickr / creative commons




mardi 24 mars 2015

Animal social saison 1

Flashback. Trois articles les plus lus du blog Animal social, saison 1 (2010/2013)... Et pour faire le lien entre les deux blogs.


Innovation sociale : la définition de l'OCDE


En 2000, l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) a proposé une définition de l’innovation sociale en tant que « réponses nouvelles aux problèmes sociaux, qui améliorent le bien-être individuel et collectif ». Mais il a fallu attendre 2011 pour que l’organisation issue du Plan Marshall fournisse une proposition de définition… du bien-être, via son « Better life index ». Critiquée pour son caractère trop individualiste, cette définition du bien-être fournit des pistes pour les champs d’action de l’innovation sociale.

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgxhnzU3pry2TZR4CR5RLiNJuiHx5wTytGaxnrWlVkPICya4xUUZNOoXroFMjyjy2754kN0VFZj0dCfCkHILbfSmvFutvVxSHxyttg8ggY2SWJD4EU84epbYjEqln9v3fjZBTutfY5np7s/s1600/biosphere-2.jpg


Qu'est ce que la biosphère ?





Pratiques publicitaires : le tabou de l’impact social


L’étude "Think me as evil" interpelle les milieux publicitaires, les entreprises anglaises et les journalistes spécialisés, depuis sa parution en octobre. Que nous dit-elle ? Que la publicité a dans sa majorité des impacts sociaux et psychologiques négatifs. Ces impacts devraient davantage être étudiés par les entreprises pour être inclus dans leurs rapports de Responsabilité Sociétale d'entreprise (RSE). Mais attention. « Think me as evil » n’est pas un brulôt d’anti-capitalistes : l'étude est co-réalisée par des professionnels chevronnés de la pub.

mercredi 18 mars 2015

Attali agite la COP21


A propos de la conférence Paris Climat COP21, Jacques Attali vient de mettre les pieds dans le plat. Il publie un post un brin provocateur, sur son blog hébergé par l'Express : "A quoi peut encore servir la COP21 ?".

Plusieurs choses surprennent dans ses propos, au point que son billet semble presque être un HOAX :



1. Il met sur le même niveau les climato-sceptiques et les scientifiques du GIEC. Il y a pourtant un consensus scientifique sur l'influence des émissions de GES sur le changement climatique.

2. Tout à son coming out sur une économie positive, il invite la France à torpiller l'agenda de la COP21, pour placer les "solutions" au coeur de la conférence... C'est irréaliste. Les solutions viennent en complément de la négo. sur le climat, mais pas à la place de.... ce que l'ONU et les autres Etats n'accepteront jamais.

3. Il met en avant, du côté des solutions, la moins consensuelle de toutes, l'énergie nucléaire. Or aucun accord sur le climat ne pourra atteindre un consensus sur le nucléaire. Là aussi, cela semble totalement irréaliste, quel que soit le point de vue (pour ou contre) qu'on ait sur le nucléaire.

Le plus drôle est peut-être son affirmation : «L’altruisme est la meilleure façon de lutter contre les émissions de CO2 ». Certes, c'est tout à fait cohérent avec ses efforts (notamment via son ONG Planet Finance) pour promouvoir une philanthropie à la française, mais là aussi, c'est assez inoui. Ne fut-ce que parce que la solution à un problème complexe est une solution multiple.

Au final, les propos de Jacques Attali font probablement déjà la joie des climato-sceptiques, c'est-à-dire, fondamentalement (et quantitativement), de la droite américaine. Ces derniers voient dans la négation du changement climatique un volet parmi d'autres de leur lutte acharnée contre la taxe et contre la régulation de l’État.

Article modifié en oct. 2015 : j'avais été un brin trop véhément envers Jacques Attali.


Crédit photo : fondation pour l'innovation politique, creative commons, Flick