samedi 28 février 2015

Hollande aux Philippines : Diplomatie de la croissance verte


 
La visite de François Hollande aux Philippines manifeste le nouveau combat du président français pour faire avancer la lutte contre le changement climatique. Les organisateurs avaient mis le paquet, en embarquant des poids lourds du gouvernement (Royal, Fabius) et en soignant la partie médiatique, via la présence de deux actrices de renom (Marion Cotillard et Mélanie Laurent) dans la délégation française, et de Nicolas Hulot. Tout ça pour quoi ? Sur le front du futur accord climat, la visite n'a permis aucune avancée, mais il est vrai que ce n'était pas l'objectif. Par contre en termes diplomatiques, c'est un relatif succès.

Un « Appel de Manille » a donc été élaboré par les deux pays, avant d`être lu par Marion Cotillard, à l'intention de la planète bienveillante et mobilisée (hum). Les deux pays appellent les autres états et parties prenantes à s'engager sur un accord climatique d'ici décembre 2015 à Paris. Le texte est touchant, symbolique, universel, un peu vague. Il est critiqué en détails par Attac sur son blog Mediapart.

La visite peut toutefois être vue comme un relatif succès diplomatique : tout d'abord, elle a permis à la diplomatie française de renouer des liens avec ce pays d'Asie du Sud Est, et de pousser ses entreprises pour des contrats futurs : c'est la diplomatie de la « croissance verte ». Le voyage manifeste aussi une forme de coopération de bonne augure avec l'ONU, puisque la responsable de la convention Climat, Christiana Figueres, était du voyage.




Reprises positives dans les médias étrangers
Autre bon point pour l `Elysée,, les médias étrangers ont assez largement commenté le voyage, en des termes plutôt positifs. Est-ce dû à la présence des actrices françaises ? Pour le South China Morning Post, « l'appel (de Manille) a offert un signe d'unité qui, d'après les deux pays, pourrait servir de modèle pour les nations riches et pauvres, dont les divisions ont causé l'échec de la conférence de Copenhague en 2009 ». 

Pour le Guardian anglais, « le gouvernement Aquino a chaleureusement accueilli le voyage de François Hollande, le premier d'un dirigeant français depuis que les deux pays ont établi des relations diplomatiques, en 1947 » (1947 ? Cela semble ahurissant).

Fox News, un média américain longtemps pointé du doigt pour son discours climato-sceptique, a commenté la visite, sans parti-pris excessif. Fox News a choisi de souligner le volet financier du projet d'accord COP 21 : « Hollande met en garde contre le manque de financement pour un accord climatique ». Plusieurs médias ont aussi souligné la présence des entreprises françaises dans la délégation.

Parmi les entreprises qui ont fait le voyage figuraient Suez, Alstom, Sanofi et la RATP, qui a remporté en octobre un important contrat pour moderniser le métro de Manille. Y a-t-il eu des contrats de signés lors du voyage ? Je n'ai rien vu d'annoncé, pour l'instant.  Mais Manille a notamment des grands projets de modernisation de son secteur ferroviaire, qui ne devraient pas laisser insensible Alstom.

Il y a eu une annonce de financement pendant le voyage, mais elle concerne une ONG et c'est la France qui paie : 1,5 million d’euros ont été débloqués à Acted (selon le Monde).

1,5 millions d'euros pour ACTED
Acted, une grosse ONG française d'aide humanitaire et de développement, est intervenue aux Philippines dès 2013, à la suite du typhon de Haiyan. Elle a fourni de l'aide d'urgence (distribution de riz, de kits de purification de l’eau et de kits pour la construction de latrines d’urgence, couvertures, Shelterbox ). Elle a aussi développé des actions « travail contre paiement », par exemple de déblaiement des routes. C'est ce qu'elle explique sur son site.

Deux ans plus tard, l'ONG affirme avoir fourni une aide à 380.000 personnes dans le pays. Désormais, elle propose des services de microcrédit et d'aide à la reconstruction durable. 



Adaption : reconstruire des habitats durables
Une des actions d'Acted, sur le volet de l'habitat, est d'aider à la reconstruction durable.
Voici comment l'ONG procède. Je cite la rubrique développement économique de son site web :

« ACTED participe à la reconstruction d’abris individuels en collaboration avec les bénéficiaires auxquels des « kits » sont distribués. Ces kits comprennent généralement des poutres pour le toit en bois ou en métal, des éléments de toitures, les outils nécessaires pour construire les fondations, les encadrements et fenêtres et, selon les us, des vitres pour les fenêtres. La distribution des kits est accompagnée de recommandations et conseils pour en faire le meilleur usage.

Ces abris tiennent toujours compte des architectures et matériaux traditionnellement utilisés dans la zone, et dans les régions exposées aux risques sismiques, ACTED y adjoint des éléments techniques plus modernes de résistance aux secousses. Le retour à des conditions de vie normale est inconcevable si les populations affectées ne disposent pas d’un toit. »

D'un toit durable, plutôt qu'une tente. C'est à cela qu'une partie du financement français annoncé devrait logiquement servir.


Crédit photos : C. Alix, présidence de la République




vendredi 13 février 2015

Le mot du jour : Mixotrophe

Le mot du jour : Mixotrophes. 

On connaissait les organismes autotrophes, comme les végétaux : ils produisent de la matière organique (du sucre par exemple) à partir de carbone (et d'énergie). 

Les hétérotrophes, comme nous autres animaux, doivent prélever de la matière organique pour grandir. 

Et la mixotrophie ? C'est la capacité à utiliser ces deux modalités. Fermentalg l'utilise pour faire grandir ses microalgues :

" La mixotrophie à dominante hétérotrophe consiste à introduire une composante lumineuse de faible intensité et de courte durée. Comme en hétérotrophie, le substrat organique nourrit les microalgues pour produire de grandes quantités de biomasse mais cette fois le chloroplaste et autres organites capteurs d’énergie lumineuse de la cellule (photo récepteurs) sont activés. Cela a pour effet d’augmenter la productivité de la cellule ainsi que de permettre la synthèse de toutes les molécules pouvant être métabolisées par une microalgue." source site Fermentalg

L'entreprise, qui est une très bonne communicante, a débuté hier (12/2) la construction d'une unité de production de microalgues.

Côtée en bourse, Fermentalg est une jeune pousse, une promesse. D'ailleurs elle n'a pas réalisé 900 millions d'euros de Chiffre d'affaire en 2014, comme l'écrit Capital  mais 900.000.

jeudi 15 janvier 2015

Monptivoisinage.com : réseau social pour voisins

Depuis sa Bretagne natale, le nouveau site web Mon P'ti Voisinage vise large : « devenir l’un des réseaux sociaux les plus utilisés par les Français». Comment ? En regroupant les services de l'économie collaborative (BlablaCar, Deways, La Ruche qui dit oui...), en tant qu'agrégateur.



Mon P'ti Voisinage rebondit sur une idée lumineuse, déjà exploitée par Nathan Stern avec le site Peuplade : l'internet est un outil formidable pour créer du lien social de proximité. Vous ignorez que le partenaire idéal de vos randonnées, l'acheteur potentiel de votre chaîne hi-fi d'occasion ou le bricoleur prêt à vous aider se trouve dans la rue en face ? Inscrivez-vous sur une plateforme web pour découvrir les « pépites » cachées de votre voisinage ! Onze ans après la création de Peuplade en 2003 (un réseau que j'ai personnellement pratiqué avec des bonnes surprises, et qui annonce une version enrichie pour 2015...), le paysage a changé. La crise s'est installée, les smartphones et les services collaboratifs se sont multiplié : covoiturage, AMAP, etc. Les médias se sont emparés de cette veine d' «innovation positive » tandis qu'un think tank, OuiShare dédié à la nouvelle économie collaborative s'est créé. Le moment idéal pour David Rouxel ? Avec l'aide d'une équipe bretonne, cet entrepreneur trentenaire, expert en digital, a décidé de reprendre l'idée, à sa sauce. Lancée en février 2014, la plateforme Monptitvoisinage affichait fin 2014 plus de 3400 réseaux locaux créés et 10.000 inscrits, de Dinan à Paris en passant par Villeurbanne. Elle est aussi la première start-up de la « French Tech » bretonne à avoir décroché une bourse French Tech de BpiFrance.

Trois promesses : pratique, solidaire, générateur d'économie et de gains de temps
« L'objectif de notre plateforme est de répondre à un vrai besoin. On utilise les réseaux sociaux et on agrège des services axés sur le partage, l'entraide et la collaboration économique », explique David Rouxel, qui mêle le vocabulaire des start-up avec les termes collaboratifs. De fait, cet entrepreneur dynamique, ancien chef de projet chez Bouygues Telecom, et l'un des premiers ambassadeurs de BlablaCar (voir son interview publié ici prochainement), veut réunir le meilleur des deux mondes : réseaux sociaux + économie collaborative. Concrètement, son site est un réseau social où l'on peut échanger avec ses voisins et accéder à des services. La preuve par l'exemple.

Promenade sur Mon P'ti Voisinage
Je crée mon compte avec une double adresse (email et postale) et sans clic de confirmation j'obtiens un accès visiteur limité à 48h. Pour conserver cet accès, il faudra faire vérifier mon adresse physique, soit en géolocalisant ma connexion internet, soit en renvoyant une carte postale codée, que j'aurai préalablement reçue par la poste, ou par cooptation. C'est un gage de confiance. En attendant, il est déjà possible de découvrir ses voisins. Ils sont huit, depuis juin, dans mon quartier parisien, auxquels s'ajoutent 28 personnes de voisinage, c'est-à-dire un peu plus éloignées. Je peux déjà leur envoyer un message.

Je découvre aussi six groupes d'intérêt créés par ces voisins : garde chat, cours de guitare (qu'on imagine payants), rencontres, cuisine, cinéma à gogo, « stopmonop ». Jusque là, rien de nouveau sous le soleil de Peuplade.

Une des premières originalités de la plateforme est de proposer une section « Consommer local ». Trois catégories, pour l'instant, sont proposées : Amap, Ruche qui dit oui, Producteur local. Zéro producteur local dans mon quartier ? Tiens, il faudrait inscrire « La petite Cagette » , cette belle épicerie spécialisée en produits Ile-de-France, qui a ouvert en 2014 rue Popincourt, pas très loin de chez moi.

Le service propose aussi un agenda, dans lequel figure l'arrivée des nouveaux inscrits. Cette section me suggère d'organiser un « vide garage », sorte de vide grenier chez soi, tout à fait légal. Mais la vraie nouveauté, me semble-t-il, est dans les services plus.

Agrégateur de services de partage
Autopartage, « cocourse », covoiturage quotidien, financement participatif, ils sont au cœur du projet d'agrégation de services : Derrière chacun, un partenaire unique assure le service : Ulule, Deways, Cocource, wedrive. Mais à terme, l'idée est de regrouper la plupart de ces plateformes spécialisées, pour permettre par exemple à l'utilisateur d'accéder à tous les partageurs de voiture de son quartier, et pas seulement à ceux de Deways : une idée utile, si cela me permet d'identifier les meilleurs « partageurs » de voiture sans avoir à m'inscrire au préalable sur chaque plateforme...

Au vu de cette première visite, la plateforme est assez agréable et réussie, surtout si on prend en compte qu'elle a été créée sans financement externe. Et quels sont les services qui marchent le mieux ? Réponse de David Rouxel : tout ce qui touche au transport d'une part et aux achats groupés, en cette fin d'année (j'ai fait l'interview en décembre...), mais aussi les alertes entre voisins : j'ai perdu mon chat, ou on m'a raflé mes décorations de Noël, par exemple. Une des clefs est bien sûr la confiance, que seule la rencontre physique permettra de consolider... Anecdotique, ces services ? L'avenir le dira.

Modèle économique : agrégateur de services
« Le modèle sera celui de l'affiliation : nous prendrons une légère commission, sur l'utilisation ou sur l'inscription des services », explique David Rouxel. La plateforme restera gratuite, de même que les services de base, mais elle prélèvera une commission à BlaBlaCar ou à la Ruche qui dit Oui. Telle est l'ambition.

2015 sera une année cruciale puisque l'entreprise devra lever des fonds et développer ses partenariats. De nombreuses pistes sont à l'étude, comme des partenariats avec des bailleurs sociaux et des services construits avec et pour les collectivités locales. Déjà, des maisons de quartier utilisent le réseau, en tant qu'utilisateur « ambassadeur ». Au niveau de mon quartier, j'attends de recevoir la carte postale.



Quelques localités où le réseau est actif (à décembre 2014) :
Dinan & Quévert – Saint-Malo - Villeurbanne (Lyon) – Versailles – Blois – Saint-Brieuc – Rennes – Caen - Rouen




Prospectus proposé aux utilisateurs 



lundi 5 janvier 2015

Activisme : les victoires 2014


Aux Etats-Unis eBay et Google ont été obligés de quitter le lobby ALEC. En France la Société Générale a dû lâcher le projet Alpha Coal. Quant à Lego, le fabricant de jouets a terminé son partenariat avec Shell. Ce ne sont que trois exemples de grandes campagnes activistes qui ont réussi en 2014. Rétrospective.

Climat // eBay quitte l'American Legislative Exchange Council

Le 18 décembre, le patron d'eBay annonce que son entreprise cesse d'adhérer à l'American Legislative Exchange Council (ALEC). Motif : le lobby s'oppose à toute réglementation sur le changement climatique.



Créé en 1973, l'ALEC est un lobby qui regroupe environ 1800 parlementaires nord-américains et 200 grandes entreprises et juristes. Sa principale activité est de faire passer des propositions de lois, ou d'articles de loi, auprès des parlementaires des Etats, en cohérence avec trois principes : « gouvernement limité, libre marché, fédéralisme. » Mais de notoriété publique aux Etats-Unis, l'organisation diffuse un discours climato-sceptique et s'oppose à toute régulation sur le climat. D'après le patron de Google Eric Schmidt, l'ALEC «a menti littéralement sur le changement climatique ». Google a quitté l'ALEC peu de temps avant eBay, à l'automne 2014.

Le départ d'eBay et de Google signe la victoire des activistes de « Forecast the Facts ». Cette initiative web, qui se traduit littéralement par « Prévoir les faits », avait adressé plus de 100.000 signatures à eBay, le 18 décembre. Forecast the Facts est une émanation du Citizen Engagement Laboratory. Elle vise désormais AT&T, Verizon, FedEx et UPS. Avec un argument imparable : une entreprise responsable ne peut pas décemment mener une politique de décarbonisation de ses activités, afin de limiter ses émissions de CO2 (ce que ces entreprises font) tout en finançant parallèlement un lobby qui remet en cause la réalité du changement climatique.


Déforestation // Kellogg's s'engage sur l'huile de palme

Le 14 février 2014, Kellogg's dévoile une nouvelle politique d'achat sur l'huile de palme. Elle ne bannit pas l'huile controversée mais elle marque une véritable inflexion : l'entreprise s'engage à « s'approvisionner exclusivement en huile de palme avec traçabilité et produite sur un mode qui soit respectueux de l'environnement, socialement bénéfique et économiquement viable ». Outre le respect des principes RSPO (= huile certifiée durable), Kellogg's s'engage à protéger les forêts tropicales et les zones humides d'Asie.

On ne jugera pas ici de l'efficacité réelle de cette annonce : c'est un autre sujet. Mais contentons-nous de souligner qu'elle signifie la réussite des pressions mises sur Kellogg's par plusieurs organisations américaines. L'une d'entre elles, le projet Orangs , est une émanation de l'organisation des Scouts féminines (Girls Scouts USA, plus de 2 millions de membres). Orangs a été fondé par deux jeunes « passionnaria » Madison Vorva et Rhiannon Tomtishen en 2007. Après avoir créé une prise de conscience sur les liens entre huile de palme et déforestation des habitats d'orang outangs, au sein de l'organisation scout , les deux jeunes filles ont décidé de faire pression sur Kellogg's, premier producteur mondial de céréales matutinales et second producteur de cookies, une denrée dont les scouts raffolent.


« Nous communiquions avec le Directeur du développement durable de Kellogg's depuis 2012 et l'été dernier nous avons apporté 115.000 pétitions en partenariat avec SumOfUs, demandant à l'entreprise d'éliminer toute connexion avec la destruction de la forêt de Tony le Tigre, en lien avec les plantations d'huile de Palme ».


Investissement (ir)responsable // Société Générale se retire de la mine de charbon Alpha Coal

Le 5 décembre, un communiqué de presse de la Société Générale annonce que la Banque n'est « plus impliquée dans le projet Alpha Coal ». Victoire pour les activistes de Bizi ! , des Amis de la Terre et d'Attac, qui menaient campagne, certains depuis plusieurs années, contre le projet de mine de charbon en Australie. La Société Générale n'avait pas encore accordé de financement, mais elle assurait une prestation de conseil financier pour le promoteur de la mine, la co-entreprise indo-australienne GVK-Hancock. Le projet continuera, sans la banque française.

Situé sur le littoral du Queensland, Alpha Coal est un projet de mine de charbon pharaonique, dont l'impact sur l'environnement et les émissions de CO2 seront, s'il est mené à terme (et en prenant en compte les émissions de CO2 dans les centrales électriques indiennes), considérables. D'où l'opposition des trois organisations non gouvernementales. 

 

Ces derniers mois, l'organisation basque Bizi ! s'était distinguée en organisant des « picketing », c'est-à-dire des occupations non violentes de succursales Société Générale. Son message avait été renforcé par le retour de la question climatique dans les médias, sur fond de conférences onusiennes : COP20 à Lima et COP21 prévue à Paris.
Tant le mode d'action (incluant des « picketing ») que l'objectif (briser le contrat entre une banque française et un industriel asiatique) font de cet événement une première.


Pétrole arctique : Lego se fâche (presque) avec Shell

« Lego met fin à 50 ans de relations avec Shell », claironne Greenpeace le 9 octobre 2014. La veille, Jørgen Vig Knudstorp, le président du fabricant de jouet, a annoncé que son entreprise ne renouvellerait pas son contrat de co-promotion avec Shell, un contrat qui se traduisait par la présence du logo du pétrolier sur des jouets Lego et leur distribution en stations service.


La décision marque la victoire d'une campagne éclair de Greenpeace. Trois ans après sa campagne contre Mattel et Barbie sur la déforestation, l'ONG a frappé fort avec une vidéo diablement efficace, qui dépeint une marée noire dans l'océan Arctique. Contrairement à Total, Shell continue en effet d'envisager d'exploiter le pétrole dans cette zone du globe, alors que les risques environnementaux y sont particulièrement élevés. La vidéo avait été vue par plus de 6 millions de personnes, parmi lesquels plus d'un million avaient envoyé un email à Lego.


Campagne Detox : Lidl s'engage sur les molécules toxiques

Greenpeace toujours. Le 10 décembre, Lidl, deuxième chaîne de supermarchés discount au monde, répond à la campagne Detox de l'ONG en s'engageant à éliminer toutes les substances chimiques dangereuses de sa production textile d'ici au 1er janvier 2020. L'engagement de Lidl est conséquent : en Allemagne, la chaîne est devenue l'un des 10 principaux vendeurs de vêtements du pays, avec plus d'un milliard d'euros réalisés chaque année.

Conformément aux suggestions de Greenpeace , Lidl a publié un engagement très détaillé avec un calendrier d'actions progressives, de 2015 à 2020. L'entreprise ajoute une liste de onze molécules chimiques à bannir en priorité. En fait, cette annonce n'est que la dernière d'une longue série, qui a vu Puma, Adidas ... s'engager tour à tour, au rythme des rapports d'enquête effectués par l'ONG en Chine et en Europe. Le dernier rapport Detox, publié à l'été 2014, pointait la présence de nombreuses substances toxiques (phtalates, etc) dans plusieurs chaussures, T-shirts et autres vêtements vendus en Allemagne.

De quoi ces « succès » sont-ils le nom ?
Ces cinq réussites ne sont pas les seules, aux Etats-Unis par exemple, un projet de terminal charbonnier dans l'Oregon a été bloqué en août 2014, conformément au souhait de plus de 20.000 Nord-américains, qui avaient fait pression sur le gouverneur.

Mais quelle leçon peut-on tirer de toutes ces campagnes ? Un premier fait saute aux yeux : les causes qui ont gagné étaient environnementales, et non pas sociales ou financières. Pourtant, des campagnes existent sur des thèmes de justice sociale. Elles mobilisent moins.

C'est le cas par exemple de la campagne pour garantir un salaire vital aux ouvrier-e-s textiles d'Asie qui fournissent les multinationales. Cette campagne internationale pour un « Asian floor Wage » existe depuis 2007. En France, elle est portée par le collectif Ethique sur l'étiquette, un collectif qui regroupe la CFDT et le CCFD. Sans grand succès apparent à ce jour. Peut-être que les objectifs, tels qu'ils sont conçus, sont moins lisibles, ou bien la sensibilité du public est plus faible.

Quant aux « causes » financières, il ne semble pas y avoir eu de campagne significative là-dessus en 2014. Rien par exemple, pour pousser les multinationales à abandonner l'optimisation fiscale.


mercredi 31 décembre 2014

Le "nouveau pouvoir" selon Heimans et Timms


Et si derrière la nouvelle économie collaborative, c'était la redéfinition du « pouvoir » qui se jouait ? C'est l'hypothèse et l'analyse passionnante de Jeremy Heimans et Henry Timms, dans un article publié dans la « Harvard Business Review » de décembre, "comprendre le nouveau pouvoir".

« Le pouvoir ancien fonctionne comme une monnaie. Il est détenu par quelques uns. Une fois obtenu, il est jalousement gardé et les Puissants ont ensuite un stock substantiel à dépenser. Le pouvoir ancien est fermé, inaccessible et conduit par des leaders. Il est descendant et il capture. Le "pouvoir nouveau" ( new power ) fonctionne différemment, comme un courant. Il est créé par la multitude, il est ouvert, participatif et conduit par des pairs. Il télécharge et il distribue. Comme l'eau et l'électricité, il est plus puissant quand il déferle. L'enjeu ou le but avec ce nouveau pouvoir n'est pas de l'amasser mais de le canaliser ».

 Echelle de participation / le nouveau pouvoir
"

Simpliste, cette distinction ? Oui, si on prend en compte que le pouvoir est éminemment complexe, qu'il s'agisse de celui des entreprises, découlant de la puissance identitaire d'une marque, ou de celui des hommes, découlant de leur charisme, de leur réseau et de leur portefeuille. Mais la différenciation entre pouvoir ancien et nouveau que proposent Jeremy Heimans et Henry Timms est féconde : elle permet aux deux auteurs de proposer une analyse très intéressante des impacts possibles de la « nouvelle économie » (économie collaborative + plateformes internet de type Facebook) sur notre relation au pouvoir.

Il serait souhaitable que cet article majeur de la Harvard Business Review soit bientôt traduit et publié dans la version française du magazine HBR. En attendant, en voici un aperçu.

Les auteurs : Jeremy Heimans est président de l'organisation Purpose, après avoir été co-fondateur du réseau de pétitions citoyennes Avaaz. Henry Timms dirige le centre culturel 92nd Street à New York, après avoir co-fondé le Social Good Week.

Leur hypothèse centrale 
A travers la combinaison de l'économie participative de l'internet, symbolisée par Wikipedia et Facebook, avec la nouvelle économie collaborative (Blablacar, Airbnb, Uber...), « un nouvel ensemble de valeurs et de croyances se forge. Le pouvoir ne fait pas que couler différemment. Les gens sentent et pensent différemment ».  

Avec Facebook par exemple, « 500 millions de personnes partagent et transforment 30 milliards de morceaux de contenus chaque mois sur la plateforme, c'est un niveau hallucinant de participation duquel la survie de Facebook dépend ». Aujourd'hui, la majorité des "facebookiens" n'en sont pas conscients. Mais demain ? Déjà, les utilisateurs d'une plateforme de financement participatif et des bit coins voient différemment l'utilité des banques et des intermédiaires de crédit. Et les adeptes du co-voiturage remettent en cause le lien entre posséder une voiture et pouvoir se déplacer.



Un cadre pour comprendre les acteurs
Les auteurs fournissent une intéressante cartographie des acteurs, avec deux axes : valeurs de pouvoir (anciennes / nouvelles) et modèles de pouvoir (ancien / nouveau). Le nouveau modèle de pouvoir inclue Facebook et Uber, qui sont connecteurs. Mais ces entreprises ont des valeurs de pouvoir (actionnariat, gouvernance, secret) anciennes.

Apple et la NSA sont des « forteresses » au sens où elles cumulent l'ancien modèle de pouvoir avec les anciennes valeurs.

Les nouvelles valeurs et les nouveaux modèles se retrouvent combinés chez Wikipedia, Occupy et Etsy, que les auteurs appellent des « foules ».

Il y a enfin les « meneurs » (cheerleaders), comme la marque de vêtements durables Patagonia et The Guardian, qui associent un discours nouveau sur les valeurs de pouvoir, à un modèle réel de pouvoir plutôt « old school ».

Nouvelles stratégies
Bien sûr, les entreprises sont au courant de l'émergence de l'économie collaborative, même si la plupart n'ont pas la grille de lecture proposée dans l'article, ni une stratégie bien définie sur leur rapport au pouvoir. A leur égard, Heimans et Timms proposent une « marche à suivre » en trois étapes : s'évaluer + se confronter à ses opposants (en anticipant un "occupy" dans son entreprise !) + développer sa capacité de mobilisation. Signe que leur analyse est tout sauf simpliste, les deux auteurs signalent qu'un chemin possible pour un « leader » est le « bilinguisme ». Autrement dit, combiner comme selon eux Ariana Huffington le fait déjà, les deux approches, anciennes et nouvelles, du pouvoir.

La conclusion est une mise en perspective qui évite la naiveté. Les acteurs du « nouveau pouvoir » n'auront un impact profond et significatif que s'ils réussissent à modeler la structure et le système de nos sociétés. D'où un combat annoncé :

« La bataille qui s'annonce, que vous soyez en faveur des anciennes ou des nouvelles valeurs de pouvoir, portera sur le contrôle et modelage des structures et systèmes fondamentaux de la société ».

Structures et systèmes : les termes rappellent Marx et Levi-Strauss. Mais de quoi s'agit-il ? Il est dommage que les auteurs ne répondent pas à cette question brûlante, mais cela n'enlève rien à l'intérêt de leur papier : centrer la réflexion sur le pouvoir et inspirer les acteurs de l'économie collaborative. C'est-à-dire nous tous.



mercredi 17 décembre 2014

Démonstrateurs COP21 à Paris

La Mairie de Paris lance un appel à manifestation d'intérêt pour des démonstrateurs COP21. Les thématiques sont larges (efficacité énergétique, économie circulaire....). Les projets sélectionnés seront montrés aux Parisiens lors d'une exposition spécifique entre le 20 novembre et le 13 décembre 2015. Mais aussi pour certains, dès l'été 2015 à Paris Plage. L'appel est ouvert aux entreprises, associations, institutions académiques, qui devront financer elles-même leurs installations. La mairie se limitera à communiquer et à mettre à disposition l'espace public.



Je cite la Mairie :

" Les solutions et produits exposés devront relever dune des thématiques suivantes :
- Efficacité énergétique
- Production d’énergies renouvelables
- Économie circulaire
- Mobilité et logistique urbaines
- Adaptation et prévention
- Lutte contre la pollution
- Lutte contre les ilots de chaleur, outils de régulation thermique des territoires
(...)

Cet appel est ouvert à tous types d’acteurs (entreprises, ESS, associations, universités, écoles, laboratoires, collectifs…), français et internationaux, en capacité d’exposer à Paris un démonstrateur contribuant à la ville durable dans le calendrier indiqué ci-après. Il vise en particulier à faire la démonstration des savoir-faire des acteurs du secteur privé, du monde associatif et du monde de la recherche.

L’événement principal de cette exposition des innovations se tiendra vraisemblablement du 20 novembre au 13 décembre 2015, dans un espace public délimité à définir, tandis que d’autres évènements auront lieu entre mai et novembre.


La mobilisation Paris 2015 s’étendra sur toute l’année et de nombreux lieux et périodes d’exposition
en lien avec des évènements organisés à Paris sont proposés aux candidats intéressés.

Les évènements phares pré identifiés sont :
- Le Business & Climate Summit les 20 et 21 mai
- Paris Plages de mi-juillet à mi-août
- Les États Généraux du Grand Paris de l’Économie circulaire dont les conclusions se tiendront
du 14 au 16 septembre
- Le Conseil Mondial des Cités et Gouvernements Locaux Unis en novembre
- La COP 21 du 30 novembre au 11 décembre
Les lieux phares pour l’exposition de solutions sont :
- Les Quais de Seine (auxquels sont associées des règles particulières d’occupation du domaine public compte tenu de la proximité du fleuve et du caractère inondable de la zone)
- Le Bassin de la Villette et le Canal de l’Ourcq
- Le parvis de l’Hôtel de Ville
- Éventuellement d’autres espaces publics adaptés aux projets proposés

Calendrier de la consultation et modalités de candidature
Le calendrier de la consultation est le suivant :
  • Lancement de l’AMI : décembre 2014
  • Réunion d’information : 12 janvier 2015
  • Date limite de la déclaration d’intérêt: 31 janvier 2015
  • Pré-sélection et demande de dossier détaillé aux entreprises présélectionnées : Première quinzaine de février
  • Date limite de dépôt du dossier détaillé : début mars 2015
  • Instruction des dossiers et étude de faisabilité des déploiements : mars- avril 2015
  • Déploiements : de mai à novembre 2015
Une réunion d’information aura lieu le 12 janvier à 9h00 à l’Hôtel de Ville de Paris, accès par le 5 rue Lobau 75004 Paris.

Et voici ma suggestion personnelle aux inventeurs : créez-nous un composteur intelligent et pédagogique, à installer à Paris Plage. Ses parois seraient en partie transparentes, pour que le passant découvre l'activité bio-chimique. Il renseignerait, via des capteurs, sur la température, l'humidité, le niveau de qualité du compost. Et pourquoi pas une micro-caméra à l'intérieur pour suivre la microfaune ? ....

L'appel à manifestation est à télécharger ici : Appel à manifestation d’intérêt « Démonstrateurs de solutions pour le climat et la transition énergétique sur l’espace public parisien» Paris Climat 2015

Source :
http://www.paris.fr/pro/professionnels/paris-climat-2015-appel-a-manifestation-d-interet/rub_9487_actu_151781_port_24874


Photo : Bergeronnette des Ruisseaux / Tuileries 2013 / Jean-Jacques Boujot via Flickr