jeudi 5 mai 2016
Engie : carton rouge RSE
"Carton rouge pour Engie, l’ex-GDF Suez. Suspecté de mener une guerre des prix dévastatrice et de vendre à perte une partie de son gaz, le numéro un français du secteur se voit sévèrement rappelé à l’ordre. Dans une décision rendue en urgence lundi 2 mai, l’Autorité de la concurrence somme le groupe détenu en partie par l’Etat de mettre fin à ces pratiques." Peut-on lire dans le Monde du 2 mai 2016.
Depuis 2014, Engie, nouveau nom de GDF Suez et héritier de l'ex monopole public gazier français, aurait vendu à perte, sur le marché de la fourniture du gaz aux entreprises. C'est ce qu'a identifié L'autorité de la concurrence, après l'étude d'une cinquantaine de gros appels d'offre.
Extrait du communiqué de presse de la dite Autorité :
"l'Autorité de la concurrence a considéré, au vu des éléments du dossier connus à ce stade, qu'Engie avait fixé les prix de ses offres de marché individualisées, c'est-à-dire hors catalogue, réservées aux entreprises, sans tenir compte de ses coûts réels, au risque de mettre en place des prix prédateurs ou d'éviction. En conséquence, et dans l'attente de sa décision au fond, l'Autorité a imposé en urgence à Engie de respecter différentes mesures afin que les prix de ces offres reflètent mieux la réalité de ses coûts."
Décryptage RSE : la vente à perte contredit une des questions centrales de la norme ISO 26000 : la loyauté des pratiques (question numéro 5). L'un des axes d'application de la loyauté des pratiques est précisément la concurrence loyale, nous dit (nous rappelle) le cadre de référence ISO 26000. Cette concurrence loyale impose de ne pas vendre à perte.
Hélas. Dans le cas d'un acteur qui a une position dominante sur un marché, quand ce marché s'ouvre à la concurrence, comme c'est le cas pour la fourniture de gaz aux entreprises, la vente à perte est évidemment la tentation commerciale la plus brûlante : c'est la politique de "pricing" la plus efficace... L'arme fatale pour conserver des clients, évincer des concurrents, rafler des gros marchés !
C'est une différenciation par les prix, mais excessive car déloyale : Seul un acteur assez solide peut se le permettre, grâce à ses profits réalisés sur d'autres segments de clientèle, par exemple (ou par l'endettement).
Dans le cas d'une politique RSE exigeante et d'un industriel leader sur son marché, on peut donc s'attendre à ce que la vente à perte soit un élément placé "tout en haut de la pile" : un enjeu clé de la RSE.
Et tant pis cela devient un point de tension particulièrement chaud entre les objectifs RSE et les objectifs commerciaux, entre les équipes commerciales (et financières) et les équipes de la RSE et de l'éthique.
Dans le cas d'Engie, il semble bien que la RSE ait perdu face aux impératifs commerciaux ....
Il serait intéressant de savoir à quelle niveau de management cette politique commerciale aurait été décidée. Les forces vives de la RSE Engie et/ou son comité d'éthique avaient-elles rappelé au board l'entrave aux principes ISO 26 000 et le risque qu'une vente à perte représente ?
mercredi 20 avril 2016
Travail détaché : nouvel enjeu de RSE ?
Le 22 mars 2016, l'émission Cash Investigation d'Elise Lucet a diffusé un reportage sur les conditions de travail effroyables de travailleurs européens détachés sur un chantier d'EDF, à Dunkerque. Le travail détaché est-il amené à devenir un enjeu important de la RSE, en particulier dans les secteurs du BTP et du transport ** ? Tout porte à le penser, s'il est vrai que la RSE est une chose sérieuse.
D'après la doctrine de la Responsabilité sociale des entreprises (RSE) et d'après son cadre de référence ISO 26.000, les donneurs d'ordre et les maîtres d'ouvrage doivent se préoccuper des conditions de travail dans leur chaîne d'approvisionnement et donc chez leurs sous-traitants. Ils doivent aussi aller plus loin que le strict respect de la légalité (qui n'est que le socle « de base » de la RSE). En particulier pour les travailleurs détachés, victimes de discriminations ? A en juger par l'enquête de Cash Investigation sur le chantier EDF du terminal méthanier à Dunkerque, cette question est largement éludée.
Le débat public : dumping social et chômage
En général, la question des travailleurs détachés - environ 230.000 personnes en France - est abordée sous deux angles. Premièrement, celle du dumping social : il y a du dumping social avec le travail détaché, puisqu'il permet aux employeurs de payer les cotisations sociales du pays d'origine, des cotisations qui sont plus faibles qu'en France. C'est un dumping social légal. Deuxième angle, le travail détaché contribue au chômage en France. Sur le chantier d'EDF par exemple, il n'y a que 27% de travailleurs français, alors que les chômeurs alentour abondent... Ce à quoi certains répondent, comme dans cet article du Figaro : « certaines entreprises françaises doivent faire appel aux travailleurs détachés faute de main-d'oeuvre locale volontaire pour effectuer des tâches souvent pénibles. » On peut admettre que cela soit en partie vrai, et passer aux questions qui concernent la RSE : celle de la qualité de travail et de la discrimination chez les travailleurs détachés.
Premier enjeu RSE : des conditions de travail déplorables
« Ce qui nous importait, c’était aussi de montrer l’exploitation de ces ouvriers étrangers, qui travaillent parfois jusqu’à 60 heures par semaine dans des conditions indignes et pour des salaires dérisoires », explique Sophie Le Gall, la journaliste qui a réalisé l'enquête pour Cash Investigation.
Sur le chantier de Dunkerque, qui est l'un des plus importants chantiers industriels de ces dernières années en France, des ouvriers étrangers confient être moins bien payés que leurs homologues français. Ils sont logés dans des mobile homes parfois insalubres dans des campings voisins et certains sont contraints d'effectuer des tâches illégales. L'un d'entre eux en est mort, en 2014.
Travailleurs détachés : une minorité discriminée ?
Qu'ils soient roumains, polonais ou portugais, ils sont plus vulnérables et davantage à la merci des sous-traitants sans scrupule, comme l'italien SICES group . C'est ainsi qu'à Dunkerque plusieurs salariés détachés ont eu sur leurs bulletins de paie des retenues totalement abusives. SICES a depuis été condamné à les indemniser. Plus grave encore : un malheureux salarié portugais a été retrouvé mort asphyxié en juillet 2014. D'après ses collègues (minute 25), il aurait été obligé par son employeur d'entrer dans un tuyau pour le nettoyer, alors même que cela était interdit par les règles de sécurité du chantier. Une enquête est en cours, reconnait Marc Girard, le responsable du site pour EDF, qui se retranche derrière la responsabilité ... de son sous-traitant.
A ce propos, il faut visionner le témoignage de ce malheureux responsable du terminal méthanier chez EDF. Instructif, certainement. Affligeant ? A vous d'en juger.
Du point de vue de la RSE, une conclusion s'impose : dans les secteurs comme le BTP où les travailleurs détachés pèsent fort, leur sort est désormais à surveiller comme celui des autres minorités. Et pourquoi pas des indicateurs d'accident du travail spécifiques et des contrôles des heures supplémentaires ?
Pourquoi pas, aussi, des audits surprise ? En Chine, Apple avait été mis en cause pour des conditions de travail effroyable (dont heures abusives) chez son sous-traitant Foxconn, ce qui l'a poussé à organiser des audits via la Fair Labor Association. Au Bangladesh, même chose, après le scandale du Rana Plaza, chez les sous-traitants d'Auchan et d'H&M. Pourquoi pas sur les chantiers français ?
Il faudrait pour cela que le sujet soit pris au sérieux par l'écosystème de la RSE et de l'Investissement socialement responsable (ISR)… Et qu'il devienne ainsi « matériel » ***. Dans le secteur du BTP, matériel, non seulement ça a du sens, mais il en va aussi de la crédibilité de la RSE.
** Les autres entreprises sur lesquelles Cash Investigation a enquêtées sont Geodis, filiale de la SNCF (chauffeurs détachés), et Bouygues Travaux Publics (délit de travail dissimulé via le sous-traitant bandit ATLANCO).
*** Le mot "matériel" est employé dans la sphère de la finance et dans celle de la RSE pour identifier un enjeu qui a de l'importance (en simplifiant).
D'après la doctrine de la Responsabilité sociale des entreprises (RSE) et d'après son cadre de référence ISO 26.000, les donneurs d'ordre et les maîtres d'ouvrage doivent se préoccuper des conditions de travail dans leur chaîne d'approvisionnement et donc chez leurs sous-traitants. Ils doivent aussi aller plus loin que le strict respect de la légalité (qui n'est que le socle « de base » de la RSE). En particulier pour les travailleurs détachés, victimes de discriminations ? A en juger par l'enquête de Cash Investigation sur le chantier EDF du terminal méthanier à Dunkerque, cette question est largement éludée.
Le débat public : dumping social et chômage
En général, la question des travailleurs détachés - environ 230.000 personnes en France - est abordée sous deux angles. Premièrement, celle du dumping social : il y a du dumping social avec le travail détaché, puisqu'il permet aux employeurs de payer les cotisations sociales du pays d'origine, des cotisations qui sont plus faibles qu'en France. C'est un dumping social légal. Deuxième angle, le travail détaché contribue au chômage en France. Sur le chantier d'EDF par exemple, il n'y a que 27% de travailleurs français, alors que les chômeurs alentour abondent... Ce à quoi certains répondent, comme dans cet article du Figaro : « certaines entreprises françaises doivent faire appel aux travailleurs détachés faute de main-d'oeuvre locale volontaire pour effectuer des tâches souvent pénibles. » On peut admettre que cela soit en partie vrai, et passer aux questions qui concernent la RSE : celle de la qualité de travail et de la discrimination chez les travailleurs détachés.
Premier enjeu RSE : des conditions de travail déplorables
« Ce qui nous importait, c’était aussi de montrer l’exploitation de ces ouvriers étrangers, qui travaillent parfois jusqu’à 60 heures par semaine dans des conditions indignes et pour des salaires dérisoires », explique Sophie Le Gall, la journaliste qui a réalisé l'enquête pour Cash Investigation.
Sur le chantier de Dunkerque, qui est l'un des plus importants chantiers industriels de ces dernières années en France, des ouvriers étrangers confient être moins bien payés que leurs homologues français. Ils sont logés dans des mobile homes parfois insalubres dans des campings voisins et certains sont contraints d'effectuer des tâches illégales. L'un d'entre eux en est mort, en 2014.
Travailleurs détachés : une minorité discriminée ?
Qu'ils soient roumains, polonais ou portugais, ils sont plus vulnérables et davantage à la merci des sous-traitants sans scrupule, comme l'italien SICES group . C'est ainsi qu'à Dunkerque plusieurs salariés détachés ont eu sur leurs bulletins de paie des retenues totalement abusives. SICES a depuis été condamné à les indemniser. Plus grave encore : un malheureux salarié portugais a été retrouvé mort asphyxié en juillet 2014. D'après ses collègues (minute 25), il aurait été obligé par son employeur d'entrer dans un tuyau pour le nettoyer, alors même que cela était interdit par les règles de sécurité du chantier. Une enquête est en cours, reconnait Marc Girard, le responsable du site pour EDF, qui se retranche derrière la responsabilité ... de son sous-traitant.
A ce propos, il faut visionner le témoignage de ce malheureux responsable du terminal méthanier chez EDF. Instructif, certainement. Affligeant ? A vous d'en juger.
Du point de vue de la RSE, une conclusion s'impose : dans les secteurs comme le BTP où les travailleurs détachés pèsent fort, leur sort est désormais à surveiller comme celui des autres minorités. Et pourquoi pas des indicateurs d'accident du travail spécifiques et des contrôles des heures supplémentaires ?
Pourquoi pas, aussi, des audits surprise ? En Chine, Apple avait été mis en cause pour des conditions de travail effroyable (dont heures abusives) chez son sous-traitant Foxconn, ce qui l'a poussé à organiser des audits via la Fair Labor Association. Au Bangladesh, même chose, après le scandale du Rana Plaza, chez les sous-traitants d'Auchan et d'H&M. Pourquoi pas sur les chantiers français ?
Il faudrait pour cela que le sujet soit pris au sérieux par l'écosystème de la RSE et de l'Investissement socialement responsable (ISR)… Et qu'il devienne ainsi « matériel » ***. Dans le secteur du BTP, matériel, non seulement ça a du sens, mais il en va aussi de la crédibilité de la RSE.
** Les autres entreprises sur lesquelles Cash Investigation a enquêtées sont Geodis, filiale de la SNCF (chauffeurs détachés), et Bouygues Travaux Publics (délit de travail dissimulé via le sous-traitant bandit ATLANCO).
*** Le mot "matériel" est employé dans la sphère de la finance et dans celle de la RSE pour identifier un enjeu qui a de l'importance (en simplifiant).
mardi 2 février 2016
Plateforme nationale sur RSE : missions et séminaires 2016
RSE comme Responsabilité sociétale des Entreprises. En juin 2013, Jean-Marc Ayrault réunissait les premiers représentants de la plateforme nationale d'actions globales pour la RSE. Il répondait ainsi à la demande d'entreprises, d'ONG et de syndicats, qui souhaitaient une plateforme de concertation multi-parties prenantes, autour de la RSE.
Deux ans et demi plus tard, cette plateforme regroupe une quarantaine d'organisations qui représentent les entreprises, les ONG et associations, syndicats de travailleurs, chercheurs et les services de l'Etat ... Deux ans et demi plus tard, le le 21 décembre, une lettre de mission du premier ministre au commissaire général à la Stratégie et à la Prospective (France Stratégies) lui demande, en tant qu'interlocuteur de l'Etat pour la plateforme RSE, de conduire 3 missions pour 2016 :
1. Mise à jour du plan national d'actions prioritaires pour la RSE que demande la commission européenne à chaque Etat membre,
2. Contribution à l'élaboration du contenu des mesures de vigilence (due diligence) que mettent en place les entreprises, conformément au cadre établi par John Ruggie pour l'ONU
3. Préparer la contribution de la France sur les "chaines d'approvisionnement mondiales" en vue de la conférence internationale du travail de juin 2016.
-----
Signe que les choses bougent au sein de la plateforme, elle vient aussi d'annoncer le lancement d'un cycle de séminaires intitulé « L’état des savoirs et controverses scientifiques sur les enjeux actuels de la RSE ». Ce cycle est une initiative de scientifiques membres du collège « Chercheurs & Développeurs ».
Comité scientifique :
- Jean-Pierre Chanteau (université Grenoble-Alpes, RIODD)
- Kathia Martin-Chenut (CNRS, équipe RSE de l’UMR DRES CNRS/UNISTRA)
- René de Quenaudon (Université de Strasbourg, équipe RSE de l’UMR DRES CNRS/UNISTRA)
- Nicolas Mottis (ESSEC, Ecole Polytechnique)
- Béatrice Bellini (Université Paris-Ouest, Conférence des présidents d’université)
- Franck Aggeri (Mines ParisTech, CGS).
Programme 2016
« Parler ou non de compétitivité quand on parle de RSE ? »
Date : 10 février 2016 (9h-12h).
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenants : Franck Aggeri (Mines ParisTech, CGS) et Nicolas Mottis (ESSEC, école Polytechnique).
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenants : Franck Aggeri (Mines ParisTech, CGS) et Nicolas Mottis (ESSEC, école Polytechnique).
« Quelle(s) finalité(s) de l’entreprise ? »
Date : mars 2016 (date en attente de confirmation)
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenants : François-Guy Trébulle (Université de Paris I) et Stéphane Vernac (Université de Picardie).
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenants : François-Guy Trébulle (Université de Paris I) et Stéphane Vernac (Université de Picardie).
« Les dilemmes du développement durable :comment concilier de façon équitable les conflits d’intérêts sans sacrifier les priorités d’un développement durable ? »
Date : mars 2016 (date en attente de confirmation)
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenant : René de Quenaudon (équipe RSE de l’UMR DRES – CNRS/Université de Strasbourg).
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenant : René de Quenaudon (équipe RSE de l’UMR DRES – CNRS/Université de Strasbourg).
« La RSE doit-elle être juridicisée et judiciarisée ? »
Date : avril 2016. (date en attente de confirmation)
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenants : Kathia Martin-Chenut, René de Quenaudon (équipe RSE de l’UMR DRES – CNRS/Université de Strasbourg) et Nicolas Cuzacq (université Paris-Créteil, ESG).
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenants : Kathia Martin-Chenut, René de Quenaudon (équipe RSE de l’UMR DRES – CNRS/Université de Strasbourg) et Nicolas Cuzacq (université Paris-Créteil, ESG).
« Pourquoi existe-t-il plusieurs conceptions et pratiques de la RSE, et jusqu’où peuvent-elles coexister »
Date : mai 2016. (date en attente de confirmation)
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenant : Nicolas POSTEL (Clersé, Lille 1)
Lieu : Ecole des Mines (salle des colloques),
60, bd Saint-Michel 75006 Paris (M° Luxembourg).
Intervenant : Nicolas POSTEL (Clersé, Lille 1)
Plus de détails ici :
mercredi 28 octobre 2015
Affichage environnemental : parent pauvre de l'économie circulaire
Sur
l'axe « consommation responsable » de l'économie
circulaire, l'information aux consommateurs figure en bonne place,
selon l'Ademe. La France était bien partie avec une expérimentation
volontaire d'affichage environnemental, menée en 2011/2012. Trois ans plus tard, les étiquettes
ont été rangées dans les cartons et c'est à Bruxelles que se
peaufine un cadre commun pour les entreprises. Bien que ce chantier soit déjà largement engagé, l'étiquetage environnemental est
quasiment absent des débats sur l'économie circulaire.
Elles
étaient 168, entreprises « pionnières » à avoir dit
oui en 2011/2012 à la proposition, issue du Grenelle de l'environnement, consistant à tester des étiquettes d'information environnementalle.
Aidées par diverses sociétés de conseil, ces
entreprises ont utilisé des Analyses de cycle de vie multicritères
(eau, énergie, et pas seulement CO2), pour définir les informations
à présenter aux consommateurs, en ligne (sur le web) ou sur les
étiquettes. Informations certainement très utiles pour orienter les
choix du consommateur suivant des critères de performance
(« impact ») environnementale.
Par la suite, un bilan de l'expérimentation a été publié par le parlement, en septembre 2013. Il estime que « L’affichage
environnemental est une démarche prometteuse ». Par la suite,
les étiquettes comme celle-ci ont disparu :
étiquetage Weleda pour un produit cosmétique
Etiquetage Decathlon pour un sac à dos
En 2015, l'Ademe affirme avec force que l'information des consommateurs sur les
impacts environnementaux des produits est un des piliers de l'axe
« consommer durable », au sein du modèle « économie
circulaire ».
Des outils sont désormais disponibles pour guider les entreprises :
l'Afnor, après de laborieux groupes de travail en partie issus de
l'expérimentation, a par exemple établi des recommandations sectorielles pour
aider les entreprises souhaitant introduire des étiquettes d'impact
environnemental.
Pourtant, les entreprises ne se bousculent pas pour informer les consommateurs. Et le volet « affichage environnemental » n'a pas la cote, dans le storytelling de l'économie circulaire. L'avez-vous entendu lors d'une des récentes conférences sur le sujet ? Si peu.
Depuis 2013, un travail au niveau européen pour harmoniser ce
types d'informations est en cours. Le
chantier bruxellois, parfois appelé « product environmental footprint »,
devrait se terminer en 2016.
Ce
projet sur 3 ans (il se conclue en 2016) est-il l'excuse en or pour ne pas
s'engager sur le terrain glissant de l'affichage environnemental ? Ou bien permettra-t-il de relancer un chantier indispensable à la crédibilité de la "responsabilité sociale des entreprises" (RSE) ?
L'affichage environnemental se fera, sans aucun doute, sur une base volontaire et non sur une obligation légale.
Le sujet sera présent dans le cours « Economie circulaire » que je
prépare pour les étudiants du Master 2 Responsabilité sociétaleet environnementale des entreprises de l'Université
Versailles-Saint-Quentin en Yvelines.
A noter que les 3 et 4 novembre 2015, un point d'étape sur le projet européen aura lieu à Bruxelles, sous la houlette de Karmenu Vella, commissaire européen en charge de l'environnement. Titre de ces deux journées ? "mid-term Environmental Footprint conference".
mercredi 17 juin 2015
L'économie circulaire entre dans le Larousse
L'économie circulaire est donc entrée dans le Larousse 2016 : ""un système économique fondé sur la frugalité, la limitation de la consommation, le recyclage des matériaux ou des services".
Aujourd'hui viennent de se terminer les 2èmes assises nationales sur l'économie circulaire.
Depuis que le terme "économie circulaire" a commencé de se populariser, en 2010, il est sans arrêt répété que ce nouveau paradigme ne doit pas se limiter au recyclage.
L'Ademe, par exemple, insiste sur l'éco-conception.
L'éco-conception, qui consiste à imaginer et anticiper la fin de vie des produits dès la phase de conception d'un produit.... on en est encore très loin. Le meilleur exemple est l'aviation : 50% des avions modernes sont désormais en matière composite. Or les composites carbone ont été créé, et continuent de l'être, sans l'optimisation de la fin de vie. Ils finissent à la décharge à 100%, en 2015.
La définition du Larousse sort elle aussi du cercle ô combien nécessaire, mais limité, du recyclage. Le Larousse met en bonne place les termes de "frugalité et limitation de la consommation".
Limitation de la consommation .... tiens donc.
Frugalité ? hmm. Jugaad
Si l'on se focalise sur ces deux termes, il est évident que la société globalisée est à des années lumières de l'économie circulaire.
De deux choses l'une : soit dans quelques années, l'économie circulaire finira au rayon des concepts sexy devenus ringards. Ce sera le cas si elle est (trop) récupérée et brandie à tout va, par des entreprises qui n'ont de frugal que le salaire versé aux manutentionnaires...
Soit l'économie circulaire restera dans la durée comme un inaccessible horizon crédible : une des rares utopies nouvelles véhiculant un peu d'espoir économique et environnemental.
Dans les deux cas il sera utile de préciser si la frugalité est une forme de décroissance intelligente. Si c'est un concept judéo-chrétien, touareg, ou une éthique laïque post-moderne. Ou un peu de tout cela mélangé ?
La définition du Larousse est révolutionnaire.
Source du schéma : Ademe
vendredi 15 mai 2015
Le travail, parent pauvre de la COP21
Mettre en avant des "solutions" et pas uniquement rechercher un accord international sur le climat : c'est la volonté du gouvernement français et de beaucoup d'acteurs privés et publics, dans le contexte de la conférence climat Paris COP21. Un des principaux outils est le "Hub des solutions", qui servira de socle à une exposition au Grand Palais. Parmi les quelques 200 solutions inscrites, celles qui mettent comme thème prioritaire "le travail" sont ultra-marginales. Cherchez l'erreur ?
Le hub des solutions climat
Formidable. Sur le site web plateformesolutionsclimat.org des solutions épatantes sont présentées par des entreprises et des associations : réparties sur 12 catégories (énergie, se loger, s'alimenter, travailler...), elles permettent de diminuer les émissions de CO2, et/ou de mieux recycler, d'affronter le changement climatique ... Epatant, franchement, vous devriez aller y faire un tour. Cela permettra de contrecarrer ces quelques pigeons de mauvaise basse cour qui s'enfoncent dans la sinistrôse.
Une chose interpelle : l'écrasante majorité des proposeurs de solutions (il suffit de s'inscrire et de payer une modique somme pour enregistrer une solution, c'est même gratuit pour les ONG) ont ciblé les catégories Energie (105 solutions), le recyclage (38), le logement (37) ...
Se divertir ? 7 solutions.
Travailler ? 6 solutions, c'est la catégorie la plus vide.
Oui, bien sûr, installer des éoliennes, des panneaux solaires, des centrales thermiques des mers, isoler les logements, cela créé des emplois. La croissance verte crée des emplois et le travail est transversal.
Transversal, mais rare.
Est-ce que la place du travail dans les solution climat pose problème ?
Est-ce que les solutions au problème climatique ne devraient pas embarquer une réflexion de fond sur le travail ?
Il existe un point d'entrée parmi d'autres pour réfléchir : c'est le fait qu''une partie des "jobs" de la croissance verte sont des emplois à faible qualification qui sont portés par des structures... formidables et subversives, les entreprises d'insertion de l'économie sociale et solidaire. C'est le cas par exemple dans le recyclage, voir pour l'isolation des bâtiments.
L'autre partie des emplois est géniale, mais chiche : ingénieurs, bureaux d'études, quelques postes en maintenance.
Les Entreprises d'insertion embarquent des contrats qui ne sont ni CDI ni CDD, mais CDDI ainsi que des chargés d'insertion. Qui est au courant ?
Une lecture simpliste, ou intuitive, de la réalité de ces chiffres (6 solutions sur le travail, 105 pour l'énergie) serait la suivante : la croissance verte ne crée pas assez d'emplois. D'où l'urgence d'inclure dans la réflexion un nouveau partage du travail... ou à défaut, un revenu d'existence.
Et si on ne fait rien ? Bienvenue à Gettaca. Verte, Gettaca.
Le hub des solutions climat
Formidable. Sur le site web plateformesolutionsclimat.org des solutions épatantes sont présentées par des entreprises et des associations : réparties sur 12 catégories (énergie, se loger, s'alimenter, travailler...), elles permettent de diminuer les émissions de CO2, et/ou de mieux recycler, d'affronter le changement climatique ... Epatant, franchement, vous devriez aller y faire un tour. Cela permettra de contrecarrer ces quelques pigeons de mauvaise basse cour qui s'enfoncent dans la sinistrôse.
Une chose interpelle : l'écrasante majorité des proposeurs de solutions (il suffit de s'inscrire et de payer une modique somme pour enregistrer une solution, c'est même gratuit pour les ONG) ont ciblé les catégories Energie (105 solutions), le recyclage (38), le logement (37) ...
Se divertir ? 7 solutions.
Travailler ? 6 solutions, c'est la catégorie la plus vide.
Oui, bien sûr, installer des éoliennes, des panneaux solaires, des centrales thermiques des mers, isoler les logements, cela créé des emplois. La croissance verte crée des emplois et le travail est transversal.
Transversal, mais rare.
Est-ce que la place du travail dans les solution climat pose problème ?
Est-ce que les solutions au problème climatique ne devraient pas embarquer une réflexion de fond sur le travail ?
Il existe un point d'entrée parmi d'autres pour réfléchir : c'est le fait qu''une partie des "jobs" de la croissance verte sont des emplois à faible qualification qui sont portés par des structures... formidables et subversives, les entreprises d'insertion de l'économie sociale et solidaire. C'est le cas par exemple dans le recyclage, voir pour l'isolation des bâtiments.
L'autre partie des emplois est géniale, mais chiche : ingénieurs, bureaux d'études, quelques postes en maintenance.
Les Entreprises d'insertion embarquent des contrats qui ne sont ni CDI ni CDD, mais CDDI ainsi que des chargés d'insertion. Qui est au courant ?
Une lecture simpliste, ou intuitive, de la réalité de ces chiffres (6 solutions sur le travail, 105 pour l'énergie) serait la suivante : la croissance verte ne crée pas assez d'emplois. D'où l'urgence d'inclure dans la réflexion un nouveau partage du travail... ou à défaut, un revenu d'existence.
Et si on ne fait rien ? Bienvenue à Gettaca. Verte, Gettaca.
vendredi 17 avril 2015
Holacratie, futur de la RSE ?
Après agilité, résilience, économie circulaire et bien sûr écosystème, l'holacratie voudrait être un des futurs "buzzwords" de l'organisation (innovante) des entreprises. La Responsabilité sociale des entreprises (RSE) pourrait y trouver son compte. Sauf que le concept, qu'on pourrait (abusivement?) résumer par une organisation décentralisée et participative, semble .... légèrement verrouillé par iGi Partners.
"Scarabée Biocoop est l’une des plus grandes coopératives du réseau Biocoop, située à Rennes. Et ca y est, depuis cette année, la coopérative fait partie des entreprises libérées avec son passage à l’Holacratie : 1 constitution, 1 raison d’être, 13 cercles, et la liberté retrouvée.
iGi Partners a été missionné par Scarabée Biocoop Rennes pour mettre en place l’Holacratie sur l’ensemble de leur organisation, soit 130 personnes pour quatre magasins (bientôt cinq), 3 restaurants, 1 service traiteur, 1 laboratoire. Un accompagnement sur mesure pour rendre opérationnelle cette gouvernance en cercle qui redistribue l’autorité et rend l’organisation agile et performante".
Cette mise en place (à Biocoop) est l'occasion d'une conférence par iGi Partners qui dévoilera l'Holacratie. Selon son site web cette entreprise "importe l’Holacracy des États-Unis pour une diffusion en France et en Europe (français et anglais). Elle est une des 3 sociétés au monde à pouvoir délivrer des services en Holacracy".
Voici la présentation de la conférence :
"Le XXIe siècle amène la remise en cause de l’organisation pyramidale et des managers. Exit le Taylorisme, place à l’innovation pour que les organisations retrouvent agilité et performance.
Dans un tel contexte, l’Holacratie suscite curiosité et questionnement : une organisation peut-elle réellement fonctionner sans chef ? L’Holacratie supprime-t-elle toute forme de hiérarchie ? L’ossature en cercle est-elle compatible avec les grandes structures ? Les salariés trouvent-ils leur compte en ayant plusieurs rôles versus une fiche de poste ? Est-ce une invention américaine qui convient à la culture française ? Et d’ailleurs Holacratie, comment cela s’écrit-il, quelle racine ? En résumé, est-ce un « Serious Game » ?
Il est temps d’ouvrir le débat, d’écouter ceux qui font, testent, et appliquent déjà au cœur de leur structure cette gouvernance. iGi Partners vous invite à venir échanger sur l’Holacratie, cette technologie sociale qui n’a pas fini de faire parler d’elle."
Parmi les entreprises qui ont déjà goûté à l'holacratie et qui interviendront le 8 juin :
Danone
Kingfisher
Biocoop
Zappos.
"Technologie sociale", vous ne trouvez-pas que cela en jette ? Hola !
Coopérative libérée : Scarabée Biocoop passe en Holacratie
C'est le beau titre du communiqué que nous a envoyé l'agence de communication Emmapom d'Emmanuelle Pometan."Scarabée Biocoop est l’une des plus grandes coopératives du réseau Biocoop, située à Rennes. Et ca y est, depuis cette année, la coopérative fait partie des entreprises libérées avec son passage à l’Holacratie : 1 constitution, 1 raison d’être, 13 cercles, et la liberté retrouvée.
iGi Partners a été missionné par Scarabée Biocoop Rennes pour mettre en place l’Holacratie sur l’ensemble de leur organisation, soit 130 personnes pour quatre magasins (bientôt cinq), 3 restaurants, 1 service traiteur, 1 laboratoire. Un accompagnement sur mesure pour rendre opérationnelle cette gouvernance en cercle qui redistribue l’autorité et rend l’organisation agile et performante".
Conférence PowerShift by Holacratie - Serious Game ? 8 juin 2015
Cette mise en place (à Biocoop) est l'occasion d'une conférence par iGi Partners qui dévoilera l'Holacratie. Selon son site web cette entreprise "importe l’Holacracy des États-Unis pour une diffusion en France et en Europe (français et anglais). Elle est une des 3 sociétés au monde à pouvoir délivrer des services en Holacracy".
Voici la présentation de la conférence :
"Le XXIe siècle amène la remise en cause de l’organisation pyramidale et des managers. Exit le Taylorisme, place à l’innovation pour que les organisations retrouvent agilité et performance.
Dans un tel contexte, l’Holacratie suscite curiosité et questionnement : une organisation peut-elle réellement fonctionner sans chef ? L’Holacratie supprime-t-elle toute forme de hiérarchie ? L’ossature en cercle est-elle compatible avec les grandes structures ? Les salariés trouvent-ils leur compte en ayant plusieurs rôles versus une fiche de poste ? Est-ce une invention américaine qui convient à la culture française ? Et d’ailleurs Holacratie, comment cela s’écrit-il, quelle racine ? En résumé, est-ce un « Serious Game » ?
Il est temps d’ouvrir le débat, d’écouter ceux qui font, testent, et appliquent déjà au cœur de leur structure cette gouvernance. iGi Partners vous invite à venir échanger sur l’Holacratie, cette technologie sociale qui n’a pas fini de faire parler d’elle."
Parmi les entreprises qui ont déjà goûté à l'holacratie et qui interviendront le 8 juin :
Danone
Kingfisher
Biocoop
Zappos.
"Technologie sociale", vous ne trouvez-pas que cela en jette ? Hola !
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