mardi 15 juillet 2014

Conférences climat COP20 et COP21 : préparatifs

J'ai décidé de m'intéresser au projet d'accord mondial sur le climat, qui pourrait être signé lors de la conférence Paris Climat 2015. Après avoir ouvert un mini-site dédié à cette conférence COP 21, sur scoop it, voici un premier article sur la conférence COP 20 qui se tiendra au Pérou fin 2014... Alors que le Pérou entend faciliter un pré-accord, le pays vient de voter un plan de relance de l'économie qui rabote plusieurs exigences environnementales.

Lézard blanc mort, au bord du rio Madre de Dios. 
Photo Geoff Galice ccommons.




Conférence climat : Le Pérou schizophrène ?

Les conférences onusiennes sur le climat reprennent, avec la COP 20 (=conférence des parties) qui se tiendra en fin d'année au Pérou et la COP 21 qui aura lieu en décembre 2015 à Paris. L'objectif est de signer un accord international contraignant pour limiter les émissions de CO2, accord qui entrerait en vigueur à partir de 2020. C'est l'ambition affichée de la diplomatie française et Laurent Fabius : faciliter un tel accord, 6 ans après l'échec de la conférence climat à Copenhague. De même au Pérou, le président Humala espère faciliter un pré-accord lors de la COP 20 de décembre 2014.

Pour les ONG françaises, la France doit mettre en cohérence cette ambition avec sa politique intérieure sur l'énergie et sur le climat : notamment en ayant voté avant 2015, la fameuse loi sur la transition énergétique. Mais aussi, en décidant de mesures inédites, sur le front du climat et de l'économie. Sans cela, le gouvernement ne serait pas légitime pour demander un accord climat mondial, et donc des efforts aux pays du Sud.

Au Pérou, même ambiance : le gouvernement espère sortir de la COP20 auréolé d'un « pré-accord » et il veut aussi profiter de la COP pour apparaître aux yeux du monde, et des investisseurs, comme un pays vertueux sur le front du climat. Là, il y a un hic.

Le 3 juillet, le congrès péruvien a voté un paquet de mesures pour la relance de l'économie, le « paquete de medidas para la reactivación de la economía », qui nivèle par le bas plusieurs dispositions de protection de l'environnement.

L'objectif affiché du plan est de relancer l'investissement étranger, pour renouer avec une croissance à la chinoise : le PIB péruvien a augmenté de 5,8% en 2013 (excusez du peu), contre 8,82% en 2010.

Pays à très forte intensité minière, le Pérou s'apprête à réduire les amendes pour atteintes à l'environnement que pourraient payer les entreprises : les montants seront plafonnées à 50% des montants actuels.

Deuxième mesure contestée par les organisations environnementales : le délai d'instruction des études d'impact environnemental par les services de l'état. Ces études, qui sont un préalable à l'autorisation de tout projet industriel, sont cruciales. Le gouvernement voulait baisser ce délai à un mois, ce qui semble bien peu. Après passage au congrès, cela sera finalement 45 jours. Est-ce suffisant ? Quiconque a déjà eu entre les mains un dossier d'impact environnemental en doutera fortement.

D'après l' Environmental InvestigationAgency (EIA), basée à Washington, ces mesures interviennent alors que le Pérou s'apprête à lancer des appels d'offre pour des concessions de gaz et de pétrole en Amazonie. Des projets forestiers aussi seraient dans les cartons. Pourvu que cela ne soit pas du palmier à huile...



Mes articles liés sur l'Amérique Latine :



jeudi 26 juin 2014

Impact social : table ronde Atelier Ile-de-France

Grand plaisir d'animer cette table ronde sur l'impact social. Destiné aux entrepreneurs qui voient l'économie autrement.

Comment et pourquoi évaluer l'impact social de mon entreprise ?

Dans le cadre du cycle autour du Guide de l'entrepreneur social, l'Atelier et la maison d'édition Rue de l'échiquier vous proposent une table ronde sur la mesure d'impact social. Comment adopter un langage de la preuve pour répondre aux attentes des collectivités, des banques ou encore des investisseurs privés ? Christelle Van Ham, experte de l'évaluation et de la valorisation de l'impact social, Emmanuel Gagnerot, Directeur d'Ile-de-France Active et Anne Charpy, fondatrice de l'association VoisinMalin partageront avec vous conseils et expériences.



De 18h30 à 20h. Inscription obligatoire.

Aujourd'hui, l'économie sociale et solidaire vise à changer d'échelle. Pour ce faire elle doit être innovante et à la pointe en termes de transparence : cela passe par la gouvernance, par une gestion saine et par une démonstration claire de l'impact social des projets, au-delà des déclarations de principe. La mesure d'impact social peut devenir un outil central pour redynamiser la gouvernance, améliorer son efficacité et son impact sur le territoire. Un levier également pour consolider son modèle économique dans un contexte de tarissement de fonds publics et de recherche d'investissements socialement « rentables » par des financeurs privés.

Lors de cette table ronde, les enjeux de la mesure de l'impact social seront mis en débat. Différentes méthodes d'évaluation seront également présentées et Anne Charpy, entrepreneure sociale nous fera un retour d'expérience sur les outils d'évaluation qu'elle a pu mettre en place dans son entreprise sociale.

Cette rencontre sera animée par Thibault Lescuyer, co-auteur du Guide l'entrepreneur social et ouverte par Jean-Marc Brûlé, Président de l'Atelier.

A propos des intervenants

Christelle Van Ham est diplômée d'HEC. Elle a passé 5 ans chez Ashoka aux Etats-Unis et en France. Aujourd'hui consultante indépendante, elle accompagne des entreprises, des fondations et des associations dans l'évaluation et la valorisation de leur impact sur la société.

Emmanuel Gagnerot est directeur d'Ile-de-France Active. Coordination francilienne de France Active, Ile-de-France Active est un financeur solidaire au service d'une économie durable, créatrice d'emploi et de cohésion sociale.

Anne Charpy est fondatrice de VoisinMalin. Cette entreprise sociale part du constat que les habitants des quartiers populaires ont des compétences utiles qui ne sont pas ou peu valorisées. Elle se propose de repérer ces compétences et de leur donner une valeur économique à travers des prestations rémunérées, et de mettre en réseau ces habitants « ressources » afin de démultiplier leurs capacités d'initiative au bénéfice de leur quartier.

Le guide de l'entrepreneur social est co-écrit par Philippe Chibani-Jacquot et Thibault Lescuyer, avec une contribution d'Eric Larpin. Publié en novembre 2013 par Rue de l'Echiquier.

 

mercredi 18 juin 2014

20.000 Métaux sous les mers

L'exploitation des gisements de métaux sous les océans se précise. Lire mon article pour Novethic.



Mer de Bismarck, dans l'océan Pacifique. L’entreprise canadienne Nautilus Minerals s’apprête à exploiter le gisement de cuivre, d'or et d’argent situé à 50 km des côtes de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ce serait une première mondiale. Mais des spécialistes de l’environnement s’inquiètent, notamment sur les risques pour la biodiversité. En cas de succès, cette exploitation ouvrirait la voie à d’autres dans le monde.

La France participe au débat : le 19 juin prochain, l’Ifremer et le CNRS publieront leurs conclusions sur "les impacts environnementaux de l’exploitation des ressources minérales marines profondes ".

Article pour Novethic :
http://www.novethic.fr/empreinte-terre/pollution/isr-rse/nautilus-minerals-un-pionnier-qui-sent-le-soufre-142537.html

Présentation de l'expertise française sur l'impact environnemental d'une extraction en eaux profondes:
http://www.developpement-durable.gouv.fr/Expertise-scientifique-collective,38968.html

lundi 2 juin 2014

Les associations anglaises sont contre le "Workfare"

 Depuis avril 2014, les chômeurs anglais de longue durée sont obligés de travailler gratuitement pour une association. Sinon ils perdent leurs indemnités chômage (Assedic). En plus d'être inefficace, ce programme fragiliserait le bénévolat, estiment les associations anglaises. De l'Armée du Salut à Oxfam, 350 d'entre elles ont décidé de boycotter l'initiative du gouvernement Cameron.

Job Centre Plus : les Pôle emploi à l'anglaise (photo : BBC)


Gardons le volontariat volontaire ! « Keep Volunteering voluntary !». C'est par ce mot d'ordre que le secteur associatif anglais entend lutter contre le dernier avatar du « workfare » anglo-saxon. Le workfare ? Le mot désigne les politiques publiques où « les personnes sans emploi ou les personnes handicapées sont obligées de travailler pour continuer de toucher leurs allocations ». Depuis le 28 avril 2014, les chômeurs anglais de longue durée sont directement concernés par une telle politique : c'est le programme de travail communautaire, « Community Work Placement » ou CWP pour les intimes. Ce programme prévoit de les faire travailler gratuitement dans une association. Seul hic pour le gouvernement, une partie du monde associatif a décidé de le boycotter.

Aide au travail : 3 options
En fait, le nouveau CWP est l'une des trois options laissées à toute personne inscrite dans un « jobcenter » (pôle emploi ou équivalent confié au privé) depuis 2 ans : il/elle a désormais le choix entre se présenter tous les jours à son agence, débuter une formation, ou sinon : travailler « volontairement » 6 mois, 30 heures par semaine, pour une association. S'il ne respecte pas une de ces trois options, la personne verra ses allocations chômage suspendues : 4 semaines la première fois, puis 13 semaines.

Le CWP s'inscrit dans un programme plus large, intitulé Aide au travail (« Help to work »). Sur 200.000 chômeurs de longue durée, l'objectif du gouvernement est d'en placer 60.000 auprès d'associations partenaires.

La mesure a été promue par le sémillant ministre des finances George Osborne, mais elle a tout de suite été critiquée par le conseil national des associations de volontariats, la National Council for Voluntary Organisations (NCVO). Le NCVO qui regroupe 10.000 associations anglaises.

L'appel au boycott du conseil des associations NCVO
Dès le 28 avril, la NCVO lançait un appel au boycott. Avec succès puisque cet appel regroupe toujours plus d'associations : 350, dont des très grosses, avaient signé l'appel « Keep volunteering voluntary », au 2 juin 2014. Parmi celles-ci figurent Oxfam, l'Armée du salut, ou encore Christian Aid.

Pour la ministre du travail, Esther McVey, il n'est absolument pas question de punir des chômeurs.
Sans aller jusqu'à cette interprétation, le monde associatif formule plusieurs objections majeures contre le « Community Work Placement ».

Premièrement, une expérience pilote de ce schéma aurait montré des effets positifs « extrèmement modestes ». D'après Jonathan Portes, du National Institute of Economic and Social Research, interviewé par la BBC, le schéma ne permettrait absolument pas aux demandeurs d'emplois d'obtenir un travail par la suite.

Volontariat forcé : un oxymore selon Oxfam
Surtout, ce schéma nuirait au maintien du bénévolat. « Ces schémas impliquent le volontariat forcé, ce qui non seulement est un oxymore, mais cela porte atteinte à l'opinion des personnes sur la vertu énorme du travail bénévole », estime Oxfam.

La collaboration des associations au programme implique aussi un gros risque de réputation pour celles-ci, dans la mesure où elles deviendraient complices de la suspension des allocations chômage : si l'association partenaire du job center déclare l'absence du chômeur au poste de travail prévu, il perdra ses « allocs ». Ce serait, estime le NCVO, contraire aux valeurs de la "charity".

Troisième objection, et non des moindres : le programme, en augmentant la fréquence des sanctions et en coupant le versement des indemnités, fera grossir les rangs des utilisateurs de la soupe populaire. Et ce alors que la faim en Angleterre est déjà une «crise nationale », selon une récente prise de position du  clergé anglais.

Malgré cette résistance des 350 associations, le gouvernement tient bon. D'après un de ses porte-parole, plusieurs associations ont tout de même choisi de coopérer avec le système. Le « placement » des chômeurs longue durée pourra donc commencer bientôt.

Et c'est ainsi qu'Allah est grand.


dimanche 9 mars 2014

L'Institut Godin décrypte l'innovation sociale

C'est une contribution utile aux débats actuels sur ce qu'est l'innovation sociale, qui dessine une perspective, voir une hiérarchie, ancrée dans la tradition de l'économie sociale à la française, une tradition qui préfère le collectif à l'individuel... et qui se méfie parfois un peu (trop?) de la figure de l'entrepreneur social.


« L'innovation sociale, principes et fondements d'un concept », publié fin 2013 aux éditions L'Harmattan, présente la synthèse d'une recherche collective lancée en 2011 par l'Institut Godin d'Amiens. Les auteurs sont Nicolas Chochoy, directeur de l'Institut Godin, ainsi qu'Emmanuelle Besançon et Thibault Guyon, tous deux doctorants en économie au CRIISEA d'Amiens.

Créé en Picardie en 2007, cet Institut atypique se consacre à la recherche appliquée dans l'économie sociale et solidaire. Il tire son nom de l'industriel social Jean-Baptiste Godin, créateur d'une fabrique de poêles en fonte en 1848 et d'un fameux « familistère » inspiré du fouriérisme.

Le livre est le fruit de la deuxième recherche collective menée par l'Institut, après celle sur les pratiques solidaires, qui avait débouché sur un tableau de bord des pratiques solidaires.

Pour ce deuxième travail, la feuille de route était d' « appréhender, caractériser et définir » l'innovation sociale. A l'arrivée, il en découle, via cet ouvrage, à la fois une synthèse des théories récentes sur l'innovation sociale, telles qu'elles ont été développées par des chercheurs en sciences sociales (et pas seulement celles de l'inévitable EMES) et une théorie, presque un idéal-type d'innovation sociale : l'innovation institutionnaliste.

Bref c'est une lecture stimulante, pour tout acteur ou chercheur qui s'intéresse aux innovations sociales. Une lecture à compléter, certainement, par un nouvel ouvrage qui sortira prochainement (le 15 avril) : « L'innovation sociale - Les marches d'une construction théorique et pratique » - Benoît Lévesque, Juan-Luis Klein, Jean-Marc Fontan, Collectif, Presses de l'Université du Québec.


Conclusions à retenir de l'idéal-type "innovation sociale institutionnalisée"
La nouveauté de l'innovation sociale résiderait « dans la mise en oeuvre de pratiques en rupture avec les pratiques habituelles dans un milieu donné (le changement institutionnel). La dimension sociale prend forme dans un processus collectif marqué par des pratiques solidaires constitutives d'un ancrage territorial fort et de façon concomittante d'une gouvernance élargie et participative (empowerment), se traduisant par un modèle économique pluriel ». Le produit ou service produit se distingue par son accessibilité (traduction : tarifs indexés ou adaptés sur les revenus, disponibilité au plus près des usagers...). Les résultats sont « porteurs d'impacts directs et de changements institutionnels » au niveau des individus, des organisations, du territoire et des collectivités.

La suite de mon billet de blog est une fiche de lecture partielle de l'ouvrage...

Après avoir distingué, dans le premier chapitre, les traits distinctifs de l'innovation technologique et de l'innovation sociale (voir la note en fin d'article), les auteurs dessinent, en s'appuyant sur des travaux de recherche pré-existants en France et au Québec (l'EMES, CRISES, l'IFRESI, Nadine Richez-Battesti, Jean Hillier...) quatre approches de l'innovation sociale : entrepreneuriat social de type Ashoka, innovation sociale portée par les pouvoirs publics pour moderniser les services publics, approche « latine » conceptualisée par le réseau EMES et approche institutionnaliste, qui poursuit et complète celle de l'EMES.

En réalité, ces quatre approches ne sont pas si étanches l'une de l'autre que le livre pourrait le faire accroire et nombre d'innovations sociales pourraient sans doute entrer dans l'une ou l'autre simultanément. A cet égard, il est assez regrettable que le livre manque d'exemples pour illustrer les différentes approches d'innovation sociale qui sont présentées. C'est en fait la limite principale du livre : il est plus une méta-étude qu'une étude, sa thèse n'étant illustrée que par deux exemples d'innovations sociales étudiés par l'Institut Godin (sur l'approche institutionnaliste).

Il n'empêche, le gros intérêt du livre est, à mes yeux, de mettre en avant des différences d'approche, voir une hiérarchie à travers la mise en avant de l'approche institutionnaliste de l'innovation sociale. Celle-ci se distingue par la place accordée à des « pratiques solidaires » et par une volonté de changement institutionnel. Elle constitue, me semble-t-il, un horizon ou, pourrait-on dire, une boussole (parmi d'autres?) utile à tout faiseur d'innovation sociale.

Le livre propose aussi une méthodologie d'évaluation de l'innovation sociale, destinée aux acteurs de l'ESS. Celle-ci englobe l'analyse des pratiques de l'organisation, l'identification des impacts directs et l'analyse des changements. Les deux exemples pris sont la recyclerie du Pays de Bray et le projet de santé communautaire Initi'elles : j'invite le lecteur qui serait professionnel ou féru d'impact et d'évaluation sociale à se procurer le livre pour en savoir plus sur le sujet.

Approche une : l'entrepreneuriat social
Cette approche, qui est celle du réseau Ashoka, a deux traits forts : elle est centrée sur la figure de l'entrepreneur (homme d'action, leader, qui prend des risques....) et elle s'appuie sur des ressources marchandes, une activité lucrative. Rappelons que la figure centrale d'Ashoka est effectivement celle du « changemaker » cher au fondateur du réseau, Bill Drayton.

Approche deux : le « new public management »
Elle envoie à la volonté d'acteurs publics de moderniser des politiques publiques, dans un objectif de baisse des coûts et des budgets publics. C'est en quelque sorte l'approche du projet de Big society porté par David Cameron au Royaume-Uni (cet exemple n'est pas cité dans le livre). Elle va de pair avec la diffusion des méthodes de gestion privées et la quête de performance quantitative : le « new public management ». Au risque de mettre à mal les dimensions solidaires et le pouvoir d'émancipation, ce que Jean-Louis Laville appelle la dimension politique, de l'économie sociale.

Trois : l'approche entrepreneuriale latine
Cette approche « latine » est celle qui a été développée par le réseau EMES. Elle « souligne les dimensions non lucrative, collective et démocratique des entreprises sociales », nous dit Emmanuelle Besançon. L'approche s'appuie sur les traditions européennes du mouvement coopératif, voir associationniste (pour la France), plus que sur celle de l'entrepreneur ango-saxon. Elle élude la question du leadership et le fait que dans la plupart des coopératives, il y a souvent un, ou un noyau, de « meneurs » (et un visionnaire).

Quatre : L'approche institutionnaliste : la solidarité au coeur
Cette approche « englobe et dépasse » l'approche de l'EMES en concevant l'innovation sociale comme un « système territorialisé et levier de transformation sociale » (page 49). C'est donc ce que j'appelle l'idéal-type promu par les auteurs du livre.

Mais qu'est ce qui fait l'identité propre de cette approche ? Il y a donc d'abord l'idée qu'elle place les pratiques solidaires au coeur de la démarche.

C'est, écrivent les auteurs, une hypothèse structurante de leur travail : « les pratiques porteuses d'innovation sociale peuvent être qualifiées de pratiques solidaires dès lors qu'elles font intervenir des principes relevant de la solidarité tels que la justice, la démocratie, la réciprocité, la proximité, etc ».

Ces pratiques ne sont pas cantonnées par un statut et peuvent être portées par tout type d'organisation, précisent les auteurs, « bien que l'ESS apparaisse comme un vivier essentiel ».

Il y a ensuite la volonté de transformation sociale. Il s'agit de l'«éventuelle évolution des pratiques et représentations dont ils peuvent être à l'origine auprès des autres acteurs de l'économie ». Mais aussi, de la transformation des politiques publiques et sociales.

Parmi les autres idées clef, il y a enfin, me semble-t-il, celle-ci : l'innovation sociale tient autant au processus de son émergence et de son déploiement (ou diffusion) qu'à ses résultats (produits, services créés) et qu'à ses impacts.

« En matière d'innovation sociale, le processus est tout aussi important que le résultat » (P. 113)

Processus ? A ce niveau, l'innovation sociale est avant un processus territorialisé qui fait interagir et coopérer des acteurs localement. Il s'agit d'une part d'une mise en réseau d'acteurs, voir de groupes sociaux hétérogènes, et d'autre part d'un participation dans une logique d' « empowerment », autrement dit la prise d'autonomie et la participation des usagers.

Cette conception s'appuie sur les travaux du géographe Guy Di Méo (2006), et permet de distinguer dans l'innovation sociale non seulement une production de cohésion sociale, mais la production même du territoire local dans une perspective patrimoniale : un patrimoine socio-culturel commun, construit ensemble.

C'est peut-être là que réside le défi le plus considérable de l'innovation sociale : faire coopérer des groupes sociaux pour arriver à une vision partagée d'un avenir à construire ensemble, sur des territoires donnés.


Pour en savoir plus :

Institut Godin
03 22 72 49 53


Note 1 : L'innovation sociale serait surtout issue « d'une pression sociale et politique, ou encore environnementale » alors que la première (technologique) est issue de la pression du marché et de la concurrence. D'autre part, elle serait davantage immatérielle, davantage axée sur des nouvelles pratiques.


vendredi 7 mars 2014

Huile de palme : le classement UCS

De Danone à L'Oréal, 30 marques sont évaluées par l'Union of Concerned Scientists (UCS) sur leur politique pour ou contre l'huile de palme. Parmi les plus mauvais élèves figurent l'industrie du fast food et Kraft foods / Mondelez .


L'Oréal, pour la cosmétique et Nestlé, pour l'agroalimentaire, sont les entreprises les plus actives pour lutter contre la déforestation causée par l'huile de palme. Toutes les chaînes de fast food sont par contre à la traîne, avec des engagements minimalistes. C'est l'analyse faite par la très sérieuse Union of Concerned Scientists. Elle a noté 30 entreprises sur 5 registres principaux, dans un rapport publié ce mois-ci, en mars 2014.

Il remet les pendules à l'heure puisque le classement ne se contente pas des engagements pour s'approvisionner en huile "certifiée durable" par la plateforme RSPO (responsible palm oil). Cette huile de palme certifiée constitue aujourd'hui seulement une base d'engagement, rien qu'un premier pas : désormais les entreprises sont invitées à s'engager sur les forêts à haute valeur carbone, sur les zones humides (peatlands) et sur une transparence de leur chaîne d'approvisionnement.

Ceci étant, même la certification RSPO, qui est donc vue par les ONG et UCS comme un premier pas, est loin d'être généralisée : PepsiCo par exemple, n'aurait que 17% de son huile de palme certifiée RSPO actuellement....

En France, un groupe d'entreprises se sont engagées, en septembre 2013, à 100% d'huile de palme RSPO d'ici 2015.

Cosmétique et parapharmacie :





Fast food :



Agro-alimentaire :





L'UCS a été créée en 1969 par des étudiants du MIT.

http://www.ucsusa.org/global_warming/solutions/stop-deforestation/palm-oil-scorecard.html


mardi 4 février 2014

Obésité : une étude de l'OMS pointe le manque de régulation

Une nouvelle étude de l'OMS pointe les liens entre les ventes de fast food et l'épidémie d'obésité. Les chercheurs appellent les Etats à réguler le secteur.



Dans le bulletin de l'Organisation mondiale de la santé de février 2014, trois chercheurs publient les résultats d'une étude de corrélation entre l'indice de masse corporelle (IMC) et le nombre de ventes de produits en fast food, entre 1999 et 2008 dans 25 pays de l'OCDE. Leur conclusion :

« La consommation de services de restauration rapide est un indicateur prévisionnel indépendant de l'IMC moyen (= les deux sont corrélés) dans les pays à revenu élevé. Les politiques de déréglementation du marché peuvent contribuer à l'épidémie d'obésité en facilitant le développement de services de restauration rapide.»

« A moins que les gouvernements prennent des mesures pour réguler leurs économies, la main invisible du marché va continuer à promouvoir l'obésité à travers le monde avec des conséquences désastreuses pour la santé publique future et pour la productivité économique », ajoute Roberto De Vogli, de l'université de Californie Davis, qui a conduit l'étude, dans une interview à l'agence Reuters.

Le problème est désormais particulièrement critique dans les pays du Sud, où quelques 900 millions de personnes sont en surpoids ou en état d'obésité, selon un récent rapport de l'Overseas Development Institute (ODI).

Force est de constater que jusqu'à présent, les diverses tentatives (taxe sur le sucre, étiquetage par feu vert, orange rouge en Europe ou limitation de la taille des gobelets de soda à New York) se sont heurtées à l'opposition féroce des entreprises.

Certes, Nestlé, Unilever et d'autres géants de l'industrie ont annoncé des reformulations de leurs produits. Mais dans les chaînes de restauration rapide et les pizzerias, la fête continue. A l'arrivée, les Etats devront supporter des milliards en dépenses de santé et entretenir une armée de malades chroniques.

Un bel exemple connu de cercle vicieux à la sauce libérale...

Allez, ressers moi un peu de ketchup, une part de pizza et un coke aspartame. C'est pour mon fils.


Sources : 

Reuters :

The Guardian :

Crédit photo : flickr Pressbound